lundi 9 décembre 2013

Lothar, Chablis, Volis et Faux Ventis ...

Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps,
Le beau temps me dégoute et me fait grincer les dents,
Le bel azur me met en rage,
Car le plus grand amour qui me fut donné sur terre,
Je le dois au mauvais temps, je le dois à Jupiter,
Il me tomba d´un ciel d'orage.
(Georges Brassens, L'Orage, 1960)


La tempête du 26 décembre 1999 vue par Météosat
Le domaine de Champs quelques jours après la tempête du 26 décembre 1999
Le domaine de Champs quelques jours après la tempête du 26 décembre 1999
Le domaine de Champs quelques jours après la tempête du 26 décembre 1999
Le domaine de Champs quelques jours après la tempête du 26 décembre 1999
Je pourrais dire comme les anciens de 14-18 ... La tempête de 1999 à Champs "j'y étais" et à l'image du texte de Georges Brassens,  ma grande histoire d'amour avec Champs commença ce jour là et "me tomba d'un ciel d'orage". ... A Champs, c'est simple, tout était par terre ... Des milliers d'arbres en chablis (déracinés) en volis (cassés en deux) nous avons eu toute la gamme.... J'ai vu des jardiniers, des durs à cuire, pleurer comme des Madeleine, j'ai vu des jardiniers incapables de se repérer précisément dans le jardin, ils disaient des phrases incroyables " je ne sais plus où se trouve l'allée !!!!" ... J'ai vu aussi  l'Exploit et là, il faut que je témoigne ... Ce que je vais vous raconter est un fait de guerre et une magnifique démonstration de savoir-faire... Le héros est Gilles Lebobe... je vous en ai déjà parlé, ce jardinier-forestier-bosquetier hors pair ... Nous sommes, depuis ce 26 décembre 1999, en train d'essayer de redonner un semblant de vie à ce parc de Champs... Nous déblayons, nous tronçonnons, nous abattons, nous débardons, etc ... Un jour, dans le bas du parc, nous nous trouvons face à une grosse problématique : Trois arbres arrachés sont en appui sur un quatrième encore debout et forment une pyramide. Sans matériel de débardage digne de ce nom, comment traiter ?  Gilles Lebobe me propose l'incroyable ...  "si t'es d'accord, j'abats celui qui est encore debout " ... Je suis responsable de ce chantier, de la vie de ces jardiniers et un type me dit qu'il va abattre quatre arbres d'un seul coup (des gros comme sur la photo). J'ai une confiance (et une admiration) sans borne pour Gilles ... Après maintes moues, grimaces et raclements de gorge, je finis par répondre inquiet "Ok mais ne fais pas le con" ... et là, il est magnifique, prend sa tronçonneuse, observe les quatre arbres,  concentré, son visage a changé, il tourne dans un sens, puis dans l'autre, regarde vers le ciel ... quand on ne connaît pas Gilles Lebobe, on pense qu'il panique, qu'il se dégonfle, qu'il ne sait pas ce qu'il fait ... Au contraire, cette observation du houppier (des houppiers) est la construction mentale de l'intervention ... d'un seul coup, il démarre la tronçonneuse, ne regarde plus le houppier, se concentre sur la coupe, cette coupe qui dirigera vers le sol les quatre arbres, il sent que ça va céder, se retire tranquillement en coupant le moteur de son engin, ne quitte pas du regard l'entaille, et dans un silence bien caractéristique suivi d'un bruit effroyable, les quatre arbres se retrouvent par terre ... Champion du monde Gilles Lebobe.

PS : je conseille vivement le lecteur de ne pas tenter d'imiter Gilles Lebobe ...

La taille au croissant, l'art de la coupe et le geste inimitable de Gilles Lebobe 

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