dimanche 1 octobre 2017

Tiens ! me revoilà ....

On remarque, sur plusieurs points de l'Angleterre, des avenues de la plus grande beauté, qui se rangent dans la classe précédente. Les arbres d'alignement y sont remplacés par des groupes CD de grands arbres de plusieurs espèces, isolés ou groupés par trois à neuf sur les pelouses qui bornent l'avenue AB, à des distances variables. Si les essences sont bien choisies et les groupes bien venants, l'effet de ces voies d'accès sera magnifique.
(Edouard André, Traité général de la composition des parcs et jardins, 1879)

Avenue plantée de groupes irréguliers - Edouard André, Traité général de la composition des parcs et jardins, 1879
Le domaines des Bordes : Alignement irrégulier par Eugène Bülher - Non réalisé

Bois Rouaud - Alignement irrégulier (Allée d'arrivée) réalisé par Edouard André en 1904

L'allée de Bois Rouaud et son alignement irrégulier


Le jardin de Bois-Rouaud semble s’inscrire avec simplicité dans la continuité des jardins paysagers du XIXe siècle. Or, nous sommes ici en présence d’une allée irrégulière et plurispécifique, c’est-à-dire plantée irrégulièrement de petits groupes d’arbres de variétés différentes. C’est une composition que les amateurs de jardins connaissent pour l’avoir vue notamment dans le traité d’Edouard André cité ou sur des plans d’Eugene Bülher, autre grand paysagiste. Cette allée de Bois Rouaud que je viens de découvrir est exceptionnelle par sa rareté et à ma connaissance aucune autre n’aurait été repérée sur le territoire.

On me demande souvent d'expliquer la notion de jardin patrimonial. Cette allée donne, vous en conviendrez, une très grande valeur patrimoniale au jardin et à ce titre mérite la plus grande attention.
L'alignement régulier est actuellement contesté. On voudrait notamment écarter les distances de plantation et y installer plusieurs variétés etc. ... alors que l'homogénéité associée à l'effet de colonnade produisant un infini est l'essence même de l'alignement. 

Nous avons ici un bon exemple d'interprétation de l'alignement. Edouard André, qui respecte énormément les compositions historiques, souhaite mettre en œuvre ici autre chose et la réponse est donnée par le projet... c'est aussi simple que ça ...  Alors, si les alignements serrés vous ennuient,  libre à vous d'inventer autre chose, comme l'ont si bien fait nos amis Edouard et Eugène mais de grâce n'allez pas détruire des œuvres qui vous dépassent ...

dimanche 20 novembre 2016

Histoire d'une cuite phénoménale...

Quant aux parcs anglais qui entourent les maisons d’aujourd’hui, il vaut mieux ne pas en parler. Un homme illustre d’Angleterre disait à son roi, au moment où l’on commençait à faire ces nouveaux parcs : "Sire, vos jardins sont extrêmement faciles à faire, il suffit de saouler le jardinier et de le suivre". Le lecteur comprendra en voyant dans ce livre les belles reproductions des vieux jardins de France que les paroles de cet illustre Anglais n’étaient pas une boutade.
(Prosper Péan, Jardins de France, 1925)


Je ne sais pas d'où vient cette sale histoire qui associe jardinier et alcoolisme... moi qui vous parle, je ne peux boire un verre de vin sans m'armer de Maalox pour la nuit ... En revanche, la plus belle cuite du XXe siècle revient probablement à un jardinier que j'ai bien connu. Pour des raisons évidentes, je change le nom de notre champion et je l'appellerai " Nestor" ... ne serait-ce que pour rendre hommage au Tonton Nestor de Brassens "Tonton Nestor vous eûtes tort " ... vous remettez ? 

... et bien notre Nestor a bien eu tort en ce mois de juin 1982 ... C'est la Garden Party de Matignon, 4 à 5000 personnes sont sur les pelouses de l'Hôtel de Matignon, Pierre Mauroy est premier ministre, il a tenu à ce que tout le personnel de Matignon soit invité. 

Notre Nestor est jardinier à Matignon depuis les années 1950, il est le plus ancien, nous l'appelons "pépé", je l'aime beaucoup et je ne suis pas le seul ... tout le monde aime Nestor, c'est un jardinier avec des origines maraichères qui retourne le champs des autres toujours bêchant toujours bêchant ... C'est un brave gars, une tête de paysan à la Fernandel avec un rendement qui ferait pâlir bien des jardiniers d'aujourd'hui. Je me souviens de lui au bêchage, c'était très impressionnant, il distançait ses collègues d'une bonne vingtaine de mètres et pourtant, il était toujours à l'arrêt, debout, cigarette au bec, surveillant tel un mirador les alentours. 

Il fait très chaud en ce mois de juin 1982, les stands, dont un stand antillais, se sont installés sur la Grande Pelouse, notre Nestor est en "habit du dimanche" et nous écoutons Pierre Mauroy finir son discours avec un mot aimable pour les jardiniers et la qualité du parc !!! Je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé, certains témoins accuseront le Punch que notre ami aurait découvert ce jour là au stand antillais ... Je le revois sur la pelouse, un peu guilleret et débraillé, la chemise ouverte sur un "Marcel" à trou en se grattant le ventre et regardant lentement de gauche à droite ... on le repère... un gendarme qui le connaît bien s'en occupe avec l'idée de lui éviter des ennuis ... 

Le gendarme s'y prend avec douceur, lui propose d'aller boire un verre au poste, Nestor le suit en rigolant... le public ne s'y trompe pas, le spectacle commence !!! Mais ça se passe bien, tous les deux s'éloignent tranquillement ... On pense l'affaire terminée quand, sans savoir pourquoi, l'alcool devient tout à coup mauvais et impose à Nestor de faire demi-tour brutalement !!! Il rentre dans le vestiaire des jardiniers, le son de la voix augmente, ressort à nouveau et là ce n'est plus un gendarme mais quatre ou cinq qui l'entourent cherchant à le diriger vers la sortie ... ça ne marche pas, Nestor commence à hurler, critique la Garden party, la Gauche et probablement le Premier ministre. Les gendarmes du coup le ceinturent, le ramènent dans le vestiaire et l'immobilisent non sans mal... Le public de la Garden assiste un peu effaré à ce spectacle assez dégradant mais avec une grande discrétion. Il faudra 2 piqures de Valium pour calmer notre "pépé" et il sera finalement raccompagné chez lui. Bien sûr, ce fût un scandale, un vrai!!! et les propos sur le Premier ministre n'étaient pas passés inaperçus. Le chef de cabinet de Pierre Mauroy voulut en avoir la confirmation, on ne pouvait, avec raison, laisser passer un tel comportement. Mais, confronté à une divine omerta,  il ne trouva aucun gendarme, ni jardinier ou autres témoins de la scène se rappelant les propos de Nestor.

Guillot - Le parc de Matignon vu du perron après 1950 - détail - jardiniers bêchant dans les massifs d'arbustes, parmi eux "Nestor"

vendredi 28 octobre 2016

Histoire d'une vue brisée ...

L'unité est le principe fondamental de la nature, ce doit être celui de tous les Arts. Dans tout ouvrage où l'attention se partage, adieu l'intérêt; il en serait ainsi que de plusieurs tableaux sur la même toile, ou de décorations disparates sur un même théâtre comme lorsque vous voyez à l'Opéra l'Enfer monter, tandis que l'Elysée s'abîme. Tous les objets qui peuvent être aperçus du même point doivent être entièrement subordonnés au même tableau, n'être que des parties intégrantes du même tout, et concourir par leur rapport et leur convenance à l'effet et à l'accord général.
C'est donc d'abord sur l'ensemble, ou le plan général, qu'il convient de réfléchir mûrement : les erreurs à cet égard peuvent imprimer sur tout l'ouvrage des taches ineffaçables. Avant de mettre la main à l'ouvrage, commencez par bien connaître le pays qui vous environne et par vous assurer du terrain nécessaire à l'exécution de votre projet. Gardez-vous de commencer par les détails et de vouloir conserver particulièrement des choses déjà faites si elles deviennent incompatibles avec la disposition générale; mais surtout ne manquez pas de faire vous-même ou de faire faire le tableau de votre plan.
(René-Louis de Girardin, De la composition des paysages, ou des moyens d’embellir la nature autour des habitations en joignant l’agréable à l’utile. 1775)

C l. juillet 1905, Champs-sur-Marne : Le parterre d'Apollon  - La vie à la Campagne 1er février 1906
Retour sur Champs ... Je comprends aisément ceux qui commencent à saturer de mes histoires sur Champs et vous aurez l'impression ici que je me répète un peu. Mais ... à peine terminé mes 12 épisodes sur Champs que je tombe sur cette photographie où l'on voit cette magnifique vue sur l'ancien jardin paysager (voir Deux ou trois choses que je sais d'elle ... Ep. 10 : Le temps est assassin ... du 30 décembre 2015 )
Cette photographie est prise en juillet 1905 et publiée dans La Vie à la Campagne en février 1906. On y voit hélas l'Orangerie de Champs construite par Walter-André Destailleur perturber la géniale et épurée mise en scène des Duchêne.
  
D'après Cl. juillet 1905-  trafiqué par mes soins
Peut être qu'un jour béni, je trouverai enfin une photographie de cet angle de vue sans l'orangerie ... mais je suis trop pressé pour attendre.  J'ai donc effacé avec le divin Photoshop l'ineffaçable orangerie ... J'adore trafiquer images, plans et photographies historiques ... Je gomme, je colorise, j'ajoute ... j'ai l'impression de jardiner, de recomposer le lieu ... Je conseille à tous de faire pareil (pas sur les originaux) sans se soucier des historiens grincheux qui hurlent à la trahison vous traitant d'usurpateur, de faussaire voire de fils spirituel de Dodo la Saumure  ... Je fais partie de ceux qui ont besoin de toucher la matière, ou de ce qu'il en reste, pour comprendre ... Je vous propose donc un avant/pendant/après 1905 à Champs ...
Voila donc à quoi ressemblait la vue vers l'ouest (ci-dessus) avant que notre ami Destailleur nous impose un pastiche du 17 ou 18e siècle en guise d'orangerie qui plus est, orientée à l'Est...

Cl. juillet 1905, seulement colorisé.
... Pour dédouaner notre ami architecte, on peut aisément imaginer que c'est une demande du propriétaire certes... mais on n'est jamais obligé de donner une mauvaise réponse ... Si Girardin se tue à nous dire "C'est donc d'abord sur l'ensemble (...) qu'il convient de réfléchir mûrement : les erreurs à cet égard peuvent imprimer sur tout l'ouvrage des taches ineffaçables." c'est justement pour éviter cela ...
L'unité n'est plus et la tache ineffaçable est bien là ... et flagrante en comparant les 2 images (enfin moi je trouve) ... dans le genre déséquilibrer une composition parfaite, c'est du grand art ...
D'après Cl. juillet 1905, trafiqué par mes soins
... Alors on cherche un remède à l'absurdité ... et comme c'est souvent  le cas, on continue à s'enliser ... on ferme la vue sur le jardin paysager, on supprime le déséquilibre mais on supprime également le geste magnifique ... Dure est la loi des jardins historiques ...

 

dimanche 23 octobre 2016

C'est bon pour cette fois ...

Les allées d'arbres et alignements d'arbres qui bordent les voies de communication constituent un patrimoine culturel et une source d'aménités, en plus de leur rôle pour la préservation de la biodiversité et, à ce titre, font l'objet d'une protection spécifique. Ils sont protégés, appelant ainsi une conservation, à savoir leur maintien et leur renouvellement, et une mise en valeur spécifiques.

Le fait d'abattre, de porter atteinte à l'arbre, de compromettre la conservation ou de modifier radicalement l'aspect d'un ou de plusieurs arbres d'une allée ou d'un alignement d'arbres est interdit, sauf lorsqu'il est démontré que l'état sanitaire ou mécanique des arbres présente un danger pour la sécurité des personnes et des biens ou un danger sanitaire pour les autres arbres ou bien lorsque l'esthétique de la composition ne peut plus être assurée et que la préservation de la biodiversité peut être obtenue par d'autres mesures.

Des dérogations peuvent être accordées par l'autorité administrative compétente pour les besoins de projets de construction.

Le fait d'abattre ou de porter atteinte à l'arbre, de compromettre la conservation ou de modifier radicalement l'aspect d'un ou de plusieurs arbres d'une allée ou d'un alignement d'arbres donne lieu, y compris en cas d'autorisation ou de dérogation, à des mesures compensatoires locales, comprenant un volet en nature (plantations) et un volet financier destiné à assurer l'entretien ultérieur.
Article L350-3, créé par LOI n°2016-1087 du 8 août 2016 (biodiversité- art. 172)

En arrivant (ou plutôt en partant) à Vaux-le-Vicomte -Alignement de Platane
Château de Ligoure dans le Limousin - Alignement hétérogène (chênes, hêtres, châtaigniers (je crois))
C'est un beau texte ... enfin!!! Cette loi concerne surtout les routes plantées mais peut s'appliquer bien sûr aux jardins ... Il y a toujours une chose étonnante dans la loi française, quand on déchiffre ce texte on peut y lire "Normalement c'est interdit d'abattre ... mais on peut en discuter " c'est ce qu'on appelle une dérogation ... Il est évident que sans cette sacro-sainte dérogation, la vie deviendrait vite insoutenable, c'est le "c'est bon pour cette fois" du brave pandore ... On peut espérer ici que cette dérogation restera l'exception, la phrase "ou bien lorsque l'esthétique de la composition ne peut plus être assurée et que la préservation de la biodiversité peut être obtenue par d'autres mesures. " m'angoisse un peu ... La loi Biodiversité est-elle le bon outil ? Un alignement de 500 arbres structurant un paysage n'est pas un boqueteau de 500 arbres plantés deci-delà ... à moins que la biodiversité ne soit que de l'ingénierie et que  les acteurs  se fichent une fois de plus des usages des hommes ...
Vincent Van Gogh, Avenue de peupliers en Automne, 1884       
       
 

samedi 15 octobre 2016

Le jardinier assis ...

Eh oui, maintenant tout est fini. Jusqu'à maintenant le jardinier a bêché, creusé, pioché, bouleversé, fumé, chaulé, répandu sur la terre de la tourbe, de la cendre et de la suie, taillé, semé, planté, repiqué, divisé, enterré des oignons et déterré des bulbes pour l'hiver, humecté et arrosé, fauché, sarclé, couvert les plantes de branchages ou courbé celles-ci vers le sol; il a fait tout cela de février à décembre, et ce n'est que maintenant, après que la neige a recouvert son jardin, qu'il prend conscience d'avoir oublié quelque chose: c'est de le regarder.
(Karel Čapek, L’année du jardinier, 1929).
Champs  - Parc du Château de Champs - Le Rond-Point Lavallière - Edition Bazerque (Carte Postale avant 1907, détail)
J'aime beaucoup cette photographie représentant un jardinier assis ... Généralement, le jardinier est représenté (dans le meilleur des cas) en action avec ses outils. Ici, il regarde son jardin suivant les conseils de Karel Čapek ...  Ou  bien pense t-il à sa maitresse ? ses impôts impayés ? Sa prochaine intervention pour le Master 2 jardins Historiques ?  Ou peut être finalement, s'impatiente t-il de cette mascarade de photographie ... je ne sais pas ! 
Surtout, je ne sais pas qui il est ... pourquoi cette interrogation ? En regardant bien, on s'aperçoit qu'il à mis son tablier sur sa veste !!!  Or, le tablier se met (généralement) sous la veste, bien plus pratique, notamment pour enlever la veste en question, mettre ses mains dans les poches etc .... Alors, est-il vraiment jardinier ? N'est-il que l'assistant du photographe ?  Je ne sais pas ... Du coup,  je suis bien incapable d'imaginer ses pensées ...  
Parc de l'Hôtel de Matignon - Jardinier assis sur une pelouse - Avant 2000
Autres chose ... Pourquoi aimer une photographie représentant un jardinier assis ? Parce que je pense comme Karel Čapek qu'il est primordial de regarder et de penser son jardin ? Que le premier outil d'un travailleur manuel est son cerveau ? Ou bien parce que la seule photo de moi en bleu de travail dans un jardin me représente assis, le regard au loin, méditant sur l'avenir de mon jardin ? Allez savoir ....

Afficher l'image d'origine

 

samedi 8 octobre 2016

Une histoire de Matignon : Vie et mort d'un arbre exemplaire ....

Il vivait en dehors des chemins forestiers,
Ce n'était nullement un arbre de métier,
Il n'avait jamais vu l'ombre d'un bûcheron,
Ce grand chêne fier sur son tronc
(Georges Brassens, Le Grand Chêne, 1966)

#linstantparisien,  Hôtel de Matignon sur instagram
En parcourant Instagram, je tombe sur ce cliché de Matignon, quelque chose me choque et me turlupine dans ce point de vue inhabituel ... Horreur !!! "ils" ont abattu mon  vieil ami le Negundo (Acer negundo). Comment ont-ils pu abattre la star incontestée de ce lieu prestigieux ?  ... Ahhhh  criminels ! ....  Maudits ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races ! ...
Bon ! essayons de relativiser ! et me rappeler toutefois qu'il n'était plus tout jeune notre ami le negundo...


Eugène Atget, Ambassade d'Autriche-Hongrie (Hôtel de Matignon) 1905
Ce negundo a dû être planté en 1879, date des derniers travaux par Galliera dans l'Hôtel. Sur la photo d'Atget de 1905, il aurait donc 26 ans. A cette époque, il ne marque pas vraiment le paysage et est très nettement dominé par la star de l'époque qui est ce Robinier se détachant dans le ciel blanc du cliché. 
 Achille Duchêne (1907-1908) (Fonds Michel Duchêne)
Sur le cliché de notre vénérable maitre Achille Duchêne, le negundo se porte à merveille et s'impose un peu plus, il parait plus grand et on a relevé les branches basses laissant passer ainsi le regard ...


Hôtel de Matignon,  1920 ( le negundo à l'extrême gauche du cliché)

(Entre nous, c'est un cliché exceptionnel que je vous livre là et (pour les initiés) vous noterez le vase en bas à droite figurant sur le Plan du jardin pour réception de l’Ambassade d’Autriche à Paris – 1911 (La vie à la campagne 15 mars 1911) 


Hôtel de Matignon,  L'Acer negundo, 1920
(Remarquez le mouvement du tronc central vers la gauche)
Après la 1ère guerre mondiale, Le negundo commence à subir la concurrence des arbres situés à l'arrière dans le bosquet ...

Hôtel de Matignon - 1949
Après la seconde guerre mondiale en 1949, photographie bien intéressante du parc où les bosquets ont disparu changeant complètement l'organisation du jardin. Le negundo ne se distingue plus réellement des autres arbres plantés sur pelouse.


 Simon Guillot, Hôtel de Matignon, 1958
Et voilà !!! en 1958, on a restauré les bosquets et l'alignement de tilleuls, l'image du parc de Matignon est là... Le negundo a pris  la forme définitive de cet arbre comme penché sur un miroir d'eau... ce qui tombe bien, j'ai toujours pensé qu'Achille Duchêne avait voulu symboliser un plan d'eau en épurant cette Grande Pelouse...
Hôtel de Matignon vers 1958-60

Hôtel de Matignon vers 1958-60
(Remarquez devant le Robinier un petit Pin noir d'Autriche planté vers 1890-1900 et qui n'a absolument pas prospéré)
Belle époque pour notre ami qui reçoit sous son houppier les hôtes du lieu... on remarquera que le robinier commence sérieusement à s'affaiblir ....
Hôtel  de Matignon vers 1962-68
Cl. annéedujardinier, l'Hôtel de Matignon en 1995
Il penche de plus en plus et tellement, que les jardiniers installeront dans les années 1962/68 des étais qui seront garnis d'un rosier qu'on appellera le "Rosier Pompidou" alors premier ministre. Raymond Barre y fera installer un banc ... Le Robinier a disparu laissant la place à un Cèdre de l'Atlas (qui sera balayé, dieu soit loué, par la tempête de 1999) et un Chêne de Hongrie (Quercus frainetto) 
Cl. annéedujardinier, l'Hôtel de Matignon en 2014
Je l'ai vu la dernière fois en juin 2014, lors de Rendez-vous aux jardins. Il m'a confié alors qu'il était très fatigué, las de cette vie publique " j'ai connu et enterré tellement de premiers ministres, passé 2 guerres mondiales, le Front populaire et les accords de Matignon ... j'ai perdu tellement d'amis ... et puis regarde moi !!! je ne ressemble plus à rien avec mes feuilles jaunes, je ne digère plus ce foutu calcaire ..." 
Cl. annéedujardinier et #Linstantparisien
Avant et aujourd'hui ... et deux approches bien différentes.

Aujourd'hui je suis triste ...Vraiment !!! Mais je comprends les jardiniers, il fallait prendre une décision, passer à autre chose ... N'ai-je pas en mon temps abattu le vénérable Robinier ?


Carte postale - Ambassade d'Autriche-Hongrie - vers 1908-1914
Le Robinier de Matignon, il sera abattu vers 1980

lundi 4 juillet 2016

Etoiles ...

Nous sommes les enfants des étoiles et de la nuit. L’espèce humaine a évolué sous une tapisserie stellaire étincelante que ne voilaient pas encore toutes les formes de pollutions industrielles et lumineuses que nous avons inventées récemment. Imaginons nos ancêtres. Imaginons-les, où qu’ils se trouvent, plongés dans la contemplation de la voûte céleste, dans l’observation insatiable des mouvements des astres. Qu’auraient-ils pu faire d’autre que de projeter leurs rêves, leurs espoirs, leurs peurs aussi, sur cet écran scintillant ? De ces îlots de conscience humaine dispersés dans un monde aux dimensions inconnues sont nés des religions et des mythes dans lesquels certains astres, les plus lumineux, bien sûr, le Soleil, la Lune, mais d’autres aussi, d’éclats plus modestes, comme Vénus ou les Pléiades, ont joué des rôles de premier plan.

Derrière l’apparent chaos d’un ciel qui apportait inondations, tempêtes et sécheresses au même titre qu’éclipses, comètes et nouvelles étoiles, nos ancêtres décelèrent des rythmes, des cycles, de l’ordre. Ils inventèrent les nombres et les concepts nécessaires pour rendre compte des apparences du Monde et tenter de l’expliquer. Ainsi, l’évolution culturelle de toutes les civilisations a-t-elle été intimement liée à l’observation des phénomènes célestes, suivant en cela des millions d’années d’adaptation du corps humain aux caractéristiques physiques de la Terre.

Aujourd’hui, l’intimité avec le ciel et la nature que nos ancêtres avaient développée n’est même plus concevable. Les images satellitaires de notre planète montrent l’envahissement de la nuit par les lumières artificielles et ceux qui habitent dans ou à proximité des villes peuvent vivre et mourir sans avoir jamais vu ce qui faisait partie du quotidien il y a seulement deux ou trois générations: les étoiles, la Voie lactée, les comètes. Nous passons l’essentiel de nos soirées à l’intérieur, devant un écran, inconscients de la beauté et des interrogations qu’a pu faire naître le ciel au cours des âges passés.

Pourtant, la beauté du ciel est d’autant plus forte que nous en connaissons la face cachée, tout ce que nous ne voyons pas directement à l’œil nu, mais que la recherche en astrophysique et les instruments terrestres ou spatiaux nous ont appris. Bien sûr, en regardant entre les constellations du Sagittaire et du Scorpion, vous ne verrez pas directement le trou noir géant qui dévore les étoiles au centre de notre Galaxie, mais connaître son existence vous fera regarder cette zone de la Voie lactée avec un autre œil, avec une connivence intellectuelle qui enrichira votre expérience visuelle. Alors, laissez votre imagination briser la sphère étoilée qui nous enserre et voguer parmi les supernovæ, les trous noirs, les nébuleuses et les galaxies. L’observation du ciel reste l’une des plus simples et des plus riches expériences que chacun peut vivre; elle implique tous les sens, elle mobilise l’intelligence, la connaissance et permet à chacun de renouer un lien intime et précieux avec le cosmos.

(Guillaume Cannat, Autour du ciel, 2016)
Le Pavillon des sept étoiles - Parc D'Enghien -18e siècle

Parc d'Enghien - 1775

samedi 23 avril 2016

La Danse ...

Sous février pluvieux, le long du Grand Canal, j'épouse les craintes des crêtes de l'eau à revers argenté. Les chocs d'ondes mouvantes répercutent la hâte, comme sur des dalles froides, de ce qui fut la ferveur ardente de la danse.
Telle est la panique qui secrètement suscitait l'obstination du Roi à se confondre danseur. La seule émotion d'un roi est la plus forte en vérité envers sa royauté qu'il joue, par soudaineté, à confondre : la perdant au fil des rôles de la mythologie dansée, dans l'encyclopédie du monde en théâtre représentée, il ne la perd cependant pas, la tient fort sous sa coupe, dans l'effroi.
Par les mouvements de la danse l'instituée royauté insiste, le Roi brave l'insistance, induration de Méduse.
Un roi danseur ne peut que faire redonder sa propre fiction, mais aussi lorsque Louis danse, dans les gestes codifiés se glisse la syncope aveugle. Un mutisme, comme au plus ténu d'un battement d'ailes, dans le battement des ailes lisse les ailes, appel à l'air où celui-ci se dépouille, ballet blanc dans le chatoiement. Et dans l'excès de ravissement s'insinue le néant, syncope de royauté où tout soudain bascule, d'un basculement simultané à celui du moment où l'on constate que les conditions mêmes et l'ordre basculent le Roi avec les danseurs, le Roi devenu roi danseur ou simple danseur (et ce n'est pas seulement alors cet anonymat qui fait l'insinuation soudaine du néant dans le théâtre de Versailles).
Je me demande d'où vient cette jubilation mêlée de terreur, ce ravissement lisse et cette danse très codifiée alliée à une féerie fatale, fatalité du vide et cassure, tout à coup, dans la misère sèche.
Ici la royauté est un lapsus, emportée par la manie profonde de son abolition.
Daniel Klébaner, Les Lisières de Versailles, 1984.


Les Chevaux du Bain d’Apollon par Wissaux - Champs-sur-Marne



dimanche 20 mars 2016

Traitement chimique, remplacement des buis dans les jardins et bêtise à tous les étages...

En chacune des allées, et depuis une des tours jusques à l'autre, je vis pour clôture un chariot triomphant, tiré par quatre chevaux et plusieurs personnages qui le suivaient, comme gens de guerre, le tout contrefait des mêmes plantes de buis. Entre deux autres tours y avait une bataille de mer, équipée de galères, naves, galions, galéasses, fustes et brigantins. Puis en un autre endroit, encore une autre bataille sur terre, bien fournie de gens de pied et de cheval, avec les machines requises, toutes exprimées de buis vert.
(Francesco Colonna, Le Songe De Poliphile, 1499)
Evolution dramatique de la Volutella buxi à Vaux-le-Vicomte
               Parterres de Champs-sur-Marne : Cylindrocladium buxicola ?  Volutella buxi? Non!  simplement un coup de chaud dû à la canicule de juillet 2015
Visiblement les champignons Cylindrocladium buxicola et Volutella buxi prospèrent ... et la bêtise également.

Ras le bol de ces escrocs du jardin qui prétendent avoir réussi à se débarrasser de ces deux champignons ... 

A la question "Êtes vous certain qu'il s'agissait bien de la maladie ?" Nous recevons un "oui" ferme ... 
A la question "Avez vous fait un diagnostic en laboratoire ?" la réponse est plus molle "euh non, c'est ma belle mère (qui fréquente Courson), mon jardinier (qui est en fait un ancien sidérurgiste au chômage et qui tond les pelouses du quartier), c'est le jeune vendeur de la jardinerie (qui est en première année de BTS horticole ) etc ... 
Bref !!! pas de diagnostic, un traitement efficace et c'est soigné... Permettez-moi de douter plus que sérieusement voire de vous soupçonner d'être à la solde d'un grand chimiste industriel ... On ne se débarrasse pas comme ça de ces champignons, il n'y pas de traitement efficace aujourd'hui et une bonne fois pour toute, personne ne peut déterminer ce type de champignon à l'oeil nu encore moins les spécialistes ... même les vrais .... ( Surtout qu'un diagnostic chez FREDON (Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles) présent dans chaque région ne coûte pas grand chose ... )

Je vais vous raconter une histoire ...

 Un jour, j'avais des drôles de traces sur mon gazon ... on aurait dit un Phytophtora ... Le très bon technicien de la fameuse Maison des Gazons passe et confirme mes craintes mais me conseille d'apporter un échantillon en labo .... J'appelle l'INRA, je tombe sur le grand spécialiste du Phytophtora ... "Apportez moi un échantillon" me dit-il!
J'arrive donc à l'inra avec mes mottes de gazon, Monsieur Phytophtora m'accueille, jette un coup d'œil rapide ... fait la moue et me dit "Effectivement ça y ressemble ... mais on va mettre en culture..."
Quoi !!! Le spécialiste du phytophtora himself ne reconnait pas à l'oeil !!!
Pourquoi ? parce qu'il sait que tous ces types champignons se ressemblent à un moment donné de leur évolution ... C'était une belle leçon de la part de ce chercheur et la suite lui donna raison ... c'était un Rhizoctonia (je ne sais plus lequel) ... Mais cela aurait pu être du Colletotrichum graminicola, du Sclerotinia homeocarpa, du Fusarium poae voire Fusarium culmorum, du Typhula incarnata, de l'Helminthosporiose, du Microdochium nivale, un Pythium, un Laetisaria fuciformis voire une Rouille ... bref! comme pour le gazon, il n'y a pas qu'une seule maladie pour le buis ... et ce n'est pas parce que Cylindrocladium buxicola et Volutella buxi sont à la mode en ce moment qu'ils sont obligatoirement dans votre jardin ... Vous avez peut-être reussi à vous débarrasser de quelque chose
avec votre produit miracle (un coup de chaud ? de l'urine de chien ? un herbicide ?)  mais ce n'était pas Cylindrocladium buxicola ni Volutella buxi ...
Cette histoire serait anecdotique si les contestataires du plan zephyto n'attaquaient pas régulièrement pour faire annuler cette loi "imbécile", appliquée par des "ignorants",... Ils vont jusqu'à prétendre qu'à cause de cette loi, les jardins sont en grand danger et  finiront par disparaître si on ne réhabilite pas rapidement les pesticides, herbicides, fongicides etc .... 

Vous avouerez que certains n'hésitent vraiment plus à se foutre de notre gueule ...


vendredi 18 mars 2016

Pollution ...

Vendredi 18 mars 2016, la Tour Eiffel photographiée du toit du Trocadero dans la pollution parisienne

vendredi 29 janvier 2016

Il n’y a plus de saison ! ...

Compiègne en 2050 ?
Marie-hélène Bénetière et Stéphanie de Courtois nous organisent 2 journées sur les jardins et le changement climatique ... Que des bons intervenants (hem! hem!).
Tous les renseignements sont sur l'affiche ...

vendredi 1 janvier 2016

Deux ou trois choses que je sais d'elle ... Ep. 12 : L'amant sublime ...

Longtemps je me suis levé de bonheur … la journée du jardinier commence tôt … Mais pourquoi bon dieu le jardinier se lève si tôt ? … Pour arroser ? Biner ? Sarcler ? C’est mal le connaitre … la raison est simple … le jardinier se lève tôt pour être le premier sur son territoire. Etre là avant les simples mortels est la première tâche du matin (…) Mais il ne suffit pas d’arriver tôt et de traverser une pelouse pour être « du jardin »,  il faut donner une âme, son âme au jardin pour en être l’interprète de ses moindres désirs … Une sorte de messager autorisé à parler de lui à l’autre monde des vivants … Mais le jardinier ne parle pas, il garde pour lui les secrets du jardin … on dit alors qu’il est bourru, voire paranoïaque… Le jardinier est-il une mémoire amnésique du lieu … ? Loin de là, sa mémoire est bonne … 
(L'année du Jardinier, Le jardinier est fou ..., 2012)
Le bosquet du Puits des Papes bien avant la tempête de 1999. Vous remarquerez l'ouverture sur l'ancien jardin paysager, le sauvage des parties boisées et le peigné autour du Baptistère
Les bosquets réguliers avec les palissades réinventées par JL Dargent et formées par Gilles Lebobe ou quand le peigné et le sauvage ne font qu'un.

L'entrée du bosquet du Puits des Papes
Les jardiniers de Champs, avant 1905, Carte postale
Gilles Lebobe, l'âme de Champs
Les deux derniers chefs jardiniers de Champs étaient des sacrés personnages ... Des sortes de Champions grandes gueules défendant jusqu'à la mort l'honneur de leur jardin ... Le premier Pierre Harmel a retouvé la composition du jardin paysager sans pouvoir hélas terminer ... La tempête de 1999 a eu raison de son oeuvre et de sa vie. Il sera remplacé par Jean-Luc Dargent qui est probablement aujourd'hui le plus grand jardinier du territoire. Jean-Luc a restauré le jardin après la tempête avec un génie que je ne connais pas ailleurs ... Après la tempête, le Sauvage n'existait plus ... tout n'était que Chaos ... Il a restauré le Sauvage !!! Quel pacte avec le Diable a t'il pu passer à la croisée d'une allée pour à la fois reinventer les bosquets, créer ces palissades et imposer le Sauvage  ??? ...
Mais si ces deux jardiniers méritent que leurs noms soient inscrits dans l'histoire de Champs au même titre que Desgots, Duchêne ou Destailleur, Gilles Lebobe, ce Raboliot jardinier au savoir faire si fin qui pêchait des brochets au croissant quand la Marne en crue pénétrait le jardin, ce jardinier que j'ai vu pleuré après la tempête de 1999, lui qui a oeuvré, soigné, taillé, sculpté le jardin pendant 40 ans pour que ce jardin soit celui de demain ... Gilles Lebobe est sans consteste possible l'âme de Champs ...