vendredi 22 mai 2015

L'homme qui aimait les jardins ? ...

Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le monde en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie.
(François Truffaut, L'homme qui aimait les femmes, 1997)

Jardin du Château de la Roche - Larochemillay - Morvan

Rares sont ceux qui aiment les jardins comme Truffaut pouvait aimer les femmes avec respect et profondeur, préférant l'âme à la beauté standardisée. Les jardins ne sont pas des femmes, loin de là ... Les jardins méritent d'être aimés pour ce qu'ils sont, des créations subtiles et profondes ...  On dit souvent que le jardin est une des passions françaises ... "Bullshit" repondrait Matthew McConaughey dans True Détective ... Les français aiment les plantes, le jardinage mais ne comprennent pas grand chose voire ne s’intéressent pas vraiment à l'art des jardins, à son histoire, à sa composition, à ses usages  ... Pourquoi dis-je  ça moi qui suit toujours si gentil?... Je rencontre beaucoup de propriétaires et gestionnaires de jardins ... je suis peut être même la personne qui en a le plus rencontré ces 10 dernières années ... Immanquablement, ces propriétaires et gestionnaires, de lieux pourtant absolument remarquables, subissent la pression du public qui, je ne sais pas pourquoi et par quel miracle, a toujours raison ... Malheureusement, on retient peu le petit mot sympa  figurant sur le fameux livre d'or ... En revanche, on retiendra le "Mal entretenu" le "Bel endroit, dommage qu'il n'y ait pas plus de fleurs" le "A ce prix là c'est scandaleux d'avoir des herbes dans les allées" les  "Les haies sont mal taillées" etc. ... Je lis régulièrement ces livres d'or avec, je vous l'avoue, grand désespoir ... Comment faire aimer les jardins pour ce qu'ils sont ? Je ne sais pas ... arrêter d'écouter les cons ? ... Jeter les livres d'or à la poubelle ? ... Ça ne réglera pas ce problème de fond certes, mais retrouver un peu de liberté n'est jamais chose mauvaise pour un jardin et son jardinier... 

jeudi 14 mai 2015

Etes-vous jardinier ou enfant de Marie ? ...

Rarement le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) aura rendu évaluation potentiellement aussi lourde de conséquences. Dans la dernière édition de la revue The Lancet Oncology, publiée en ligne le 20 mars, l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonce avoir classé trois pesticides dans la catégorie 2A – c’est-à-dire « cancérogènes probables » –, dernier échelon avant la qualification de « cancérogène certain ».

Parmi les trois molécules réévaluées par le CIRC se trouvent deux insecticides, le diazinon et le malathion, dont l’utilisation est restreinte en Europe. C’est la troisième substance épinglée, le glyphosate, qui donne son caractère singulièrement explosif à l’avis rendu par le CIRC. Synthétisé par Monsanto dans les années 1970, le glyphosate – principal ingrédient du célèbre désherbant Roundup – est en effet l’herbicide le plus utilisé au monde et le plus souvent retrouvé dans l’environnement.

« Il est utilisé dans plus de 750 produits pour l’agriculture, la foresterie, les usages urbains et domestiques, notent les scientifiques réunis par le CIRC. Son utilisation a vivement augmenté avec le développement des cultures transgéniques tolérantes au glyphosate. » Ce n’est donc pas une simple substance chimique dont l’innocuité est mise en cause par le CIRC, mais la pierre angulaire de la stratégie du secteur des biotechnologies. La grande majorité des plantes génétiquement modifiées (PGM) mises en culture dans le monde sont en effet conçues pour pouvoir absorber cet herbicide sans péricliter, permettant ainsi un épandage direct sur les cultures pour désherber les surfaces cultivées.

Aux Etats-Unis, une étude publiée en 2011 par l’US Geological Survey a montré    que dans certaines régions, le glyphosate était présent à des niveaux mesurables dans les trois quarts des échantillons d’air et d’eau de pluie analysés.

Risques accrus de lymphome

En France, en dépit de l’absence de cultures transgéniques ad hoc, c’est le pesticide de synthèse le plus utilisé. Il s’en est épandu plus de 8 000 tonnes en 2011, loin devant les quelque 2 700 tonnes de la deuxième substance la plus populaire – le mancozèbe (un fongicide). Selon le rapport rendu en 2010 par l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), « le glyphosate est [en France] le principal responsable du déclassement de la qualité des eaux ». La substance ne résiste cependant pas au chlore et est largement absente de l’eau potabilisée.

Ce n’est d’ailleurs pas sur la population générale que les études examinées par le CIRC décèlent un risque accru de cancer, mais sur les jardiniers et les agriculteurs. Selon l’agence, « des études cas-témoins d’exposition professionnelle [au glyphosate] conduites en Suède, aux Etats-Unis et au Canada ont montré des risques accrus de lymphome non hodgkinien [un cancer du sang] ». Quant aux expériences sur les animaux, certaines ont montré que le désherbant phare de Monsanto induisait des dommages chromosomiques, un risque augmenté de cancer de la peau, de cancer du tubule rénal, d’adénomes de cellules pancréatiques. Au total, cependant, le CIRC estime que l’ensemble de la littérature scientifique examinée ne permet pas de conclure avec une totale certitude à la cancérogénicité du glyphosate. 
Dans un communiqué publié lundi 23 mars, Monsanto a protesté, en termes crus, contre l’avis rendu par le CIRC. La société basée à Creve Coeur (Missouri) fustige la « science poubelle » (junk science, dans le texte) de l’agence intergouvernementale, dont elle rejette en bloc les conclusions. Dans une lettre datée du 20 mars et dont l’agence Bloomberg a obtenu copie, Monsanto intime même à Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS, de faire « rectifier » l’opinion du CIRC.

Celle-ci a pourtant été établie selon un processus immuable depuis quarante ans. Une vingtaine de scientifiques de plusieurs disciplines (toxicologie, épidémiologie…) sont réunis par l’agence, sélectionnés sur leurs compétences et l’absence stricte de conflits d’intérêts avec l’industrie. Un projet d’avis, fondé sur l’ensemble de la littérature scientifique publiée sur le sujet examiné, est discuté par les chercheurs, plusieurs jours durant, en présence d’observateurs de l’industrie, de représentants d’agences de sécurité sanitaire, etc. Lorsque les membres du groupe d’experts parviennent à un consensus, l’avis est adopté. Les opinions du CIRC bénéficient du plus haut niveau de reconnaissance dans la communauté scientifique, mais sont souvent attaquées par les secteurs industriels contrariés.

« Identification des risques »

Purement informatifs, ces avis n’ont pas valeur réglementaire : ils ne peuvent conduire en eux-mêmes à l’interdiction ou à la régulation d’une substance. « Nous ne faisons pas de l’évaluation des risques mais de l’identification des risques, rappelle-t-on au CIRC. Notre avis ne dit pas si la population générale court un risque du fait de telle ou telle substance, cela c’est le travail des agences de sécurité sanitaire. »

Le glyphosate est précisément en cours de réévaluation au niveau européen. Interrogée, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) précise que c’est son homologue allemand, le Bundesinstitut für Risikobewertung (BfR), qui a été chargé de le réévaluer au nom de l’Europe – la procédure européenne veut en effet qu’un Etat-rapporteur soit désigné pour conduire l’évaluation des risques des pesticides. Les résultats de cette expertise, qui doit repasser sous les fourches Caudines de l’EFSA avant d’être formellement adoptée, sont attendus dans les prochaines semaines.

Les experts allemands et européens ne pourront pas ignorer l’avis des experts du CIRC, pas plus que d’autres travaux récents sur des risques autres que le cancer. Mais l’interdiction du glyphosate, réclamée par plusieurs ONG, n’est pas pour demain. Un vieux routier de l’évaluation des risques en veut pour présage la composition « particulièrement intéressante » du groupe d’experts « Pesticides » de l’agence allemande : le tiers des membres du comité sont directement salariés… par des géants de l’agrochimie ou des biotechnologies !
(Stéphane Foucart, Journaliste au Monde -  Le désherbant Roundup classé cancérogène, 2015)

"Découpe" chimique dans je ne sais plus quel jardin

If situé en un point bas du jardin et subissant une intoxication par accumulation d'herbicides

Je ne sais pas si ces produits sont dangereux pour la santé ou pour l'environnement ! Je pense fortement que oui .... mais sans aucun fondement scientifique ... juste une méfiance justifiée depuis le fameux jour, il y a 35 ans, où j'ai vu crever un ver de terre en quelques secondes au contact d'un produit (autre que le glyphosate) que je répandais à mains nues ... Vous avez déjà vu mourir un ver de terre ? Ça ne meurt pas ces trucs là ... Vous les coupez en quatre, vous les accrochez à un hameçon, vous les plongez dans l'eau pendant deux heures ... il vivent toujours ... Ce jour là, il aura fallu moins de dix secondes ... et il m'aura fallu moins de dix secondes également pour regarder mes mains nues, ma cigarette et comprendre que j'avalais ce produit dégueulasse ... Il faudra attendre pas mal d'années pour que je balance tous ces produits à la poubelle ... J'ai donc continué, tel un imbécile discipliné à répandre ce produit mais avec des gants ... Mon chef passe, voit mes gants et me dit " Vous portez des gants ? Etes-vous jardinier ou enfant de Marie ? ... je me demande si les gants n'ont pas fait leur apparition dans les jardins à cette époque ...  mettre des gants est apparu comme une évolution positive alors qu'on s'enfonçait dans la bêtise ... il est apparu toutes sortes de produits et d'outils "modernes"...souffleuse, découpeuse, débroussailleuse, arrosage automatique, volige... période que j'appelle le tout chimique et le tout mécanique ... moins on en sait sur le jardin et plus l'arsenal augmente ... 

Le jardinier flatté qu'on s'intéresse enfin à lui reçoit régulièrement le Commercial sapé de son costard bon marché ... Le concours de celui qui aura la plus grosse tondeuse est lancé ... Le parfum des roses et le chant des oiseaux laisse la place au parfum du dimethoxyphosphorylsulfanyl et au chants puissants des moteurs de souffleuses ... Les jardiniers jettent leur tablier pour des tenues et masques Nucléaire, Biologique Chimique et des casques anti-bruit ... Le jardinier s'isole, il ne travaille plus en équipe mais seul dans un bruit infernal, respirant vapeur d'essence et produit chimique ... Gilles Clément dit à cette époque que le jardinier fait la guerre au jardin ... et à lui-même serai-je tenté d'ajouter ... Je vous passe les retours - œsophage brûlé, décoloration des cheveux, cancer ... Bizarrement on ne balance pas tout à la poubelle, on forme les jardiniers à l'utilisation de ces horreurs ... Nous devenons les champions du traitement à goutte pendante ... On ne s'est jamais autant éloigné du jardin qu'à cette époque ... Je me souviens, vers les années 2000 (donc tardif), d'un directeur d'espaces verts se vanter d'appliquer une politique "zéro-herbe" sur l'ensemble de sa commune ... c'est à dire un épandage d'herbicides sur toute la commune, une herbe pousse, l'entreprise revient traiter ... inutile de vous dire que les entreprises ne revenaient pas et pour cela mettaient la dose ... on s’étonne que les arbres crèvent ...

La loi Labbé du 23 janvier 2014 (Objectif zérophyto dans les jardins et espaces verts)
est une loi salvatrice, une loi de sage ... et pourtant bien mal accueillie, elle est vécue comme une contrainte, une interdiction de plus ... Alors, j'en entends de toutes les couleurs "Comment entretenir son jardin avec les nouvelles réglementations ?" "Un jardin qui accueille du public se doit d'être propre", "économie de personnel", "rendre les taches liées au jardin moins fastidieuses" etc. etc. etc. ... Je vous le dis tout net !!! ARRÊTEZ VOS CONNERIES, TOUT EST IRRECEVABLE !!! Il n'y aurait que moi, j'interdirais les souffleuses, les voliges et toutes ces horreurs qui polluent les jardins ... pollutions chimique, sonore, visuelle ... j'interdirais tout ce qui chasse le geste de l'homme, les pratiques, la poésie... 

Surtout que toute cette panoplie de produit ne sert absolument à rien ... Comment peut-on pensez une seconde, dans un pays instruit comme la France, que l'on peut gérer une allée en répandant simplement de l'eau dessus avec un produit qui tue l'herbe ? Ce serait trop facile ...
La propreté dans un jardin est l’ennemie de la gestion ... J'aime le mot gestion ... Le jardinier est un gestionnaire de lieu. Je ne vais pas 
passer toutes les tâches en revu ... du pourquoi et du comment ... Une allée, par exemple, s'entretient mécaniquement avec râteau binette et tous ces outils qui provoquent mal au dos. Mais ces actions modèlent, conservent, drainent, assainissent les allées ... ainsi la "propreté" devient un résultat et non un objectif ... 

Alors, pour ceux qui doutent, qui sont perdus sans leurs pesticides, leur souffleuse ... Replongez-vous dans la littérature hortésienne et posez vous cette question qui me hante sans cesse ...

Qu'est-ce qu'un jardin ? ...




dimanche 12 avril 2015

Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires ...

Imitant Courteline, un sceptique notoire,
Manifestant ainsi que l'on me désabuse,
J'ai des velléités d'arpenter les trottoirs
Avec cette devise écrite à mon gibus :
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Dieu, diable, paradis, enfer et purgatoire,
Les bons récompensés et les méchants punis,
Et le corps du Seigneur dans le fond du ciboire,
Et l'huile consacrée comme le pain bénit,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Et la bonne aventure et l'art divinatoire,
Les cartes, les tarots, les lignes de la main,
La clé des songes, le pendule oscillatoire,
Les astres indiquant ce que sera demain,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Les preuves à l'appui, les preuves péremptoires,
Témoins dignes de foi, metteurs de mains au feu,
Et le respect de l'homme à l'interrogatoire,
Et les vérités vraies, les spontanés aveux,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Le bagne, l'échafaud entre autres exutoires,
Et l'efficacité de la peine de mort,
Le criminel saisi d'un zèle expiatoire,
Qui bat sa coulpe bourrelé par le remords,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Sur les tombeaux les oraisons déclamatoires,
Les "C'était un bon fils, bon père, bon mari",
"Le meilleur d'entre nous et le plus méritoire",
"Un saint homme, un coeur d'or, un bel et noble esprit",
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Les "saint-Jean Bouche d'or", les charmeurs d'auditoire,
Les placements de sentiments de tout repos,
Et les billevesées de tous les répertoires,
Et les morts pour que naisse un avenir plus beau,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Mais j'envie les pauvres d'esprit pouvant y croire.
(Georges Brassens, Le Sceptique,  Non enregistré par GB)

Hôtel de Monaco (Matignon) - J.E.D - Janvier 1890

Hôtel de Matignon vers 1904 -1906 _  Portique XVIIIe siècle dans les jardins de l'Ambassade d'Autriche-Hongrie à Paris - M Duchêne, Architecte Paysagiste - Restauré par les établissements Ticotel
Notez les vases ...
Achille Duchêne, ambassade d'Autriche-Hongrie, le portique de treillage, négatif sur verre, 1907?
(Jean-Christophe Molinier - Jardin de ville privés 1890 1930 - 1991)
Cette photographie me semble (avec un doute raisonnable) plus tardive que celle de Tricotel (haie,  topiaires, lierre, vases cassées)
Je suis comme Brassens ... Sceptique, comme lui,"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires." ... de jardins que l'on nous raconte depuis bien trop longtemps maintenant ... 

"Les roses de Joséphine, les Cèdres de Buffon et celui de Marengo...Les jardins de Le Nôtre, les jardins disparus de Blaikie, les parterres et les treillages d'Achille Duchêne" ... et j'en passe... 

Si, un jour, vous allez à Matignon comme Premier ministre ou comme simple visiteur, on vous racontera que ce magnifique portique en treillage (appelé bizarrement Gloriette) a été, comme le Salon de Madame de Champs-sur-Marne, dessiné par Achille Duchêne ... Je pourrais enfin faire taire cette ânerie et rétablir La vérité historique ... Mais, vous ralliant à ma cause, je vous entends déjà dire avec raison..."Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires." ... Alors, je ne vous dirai rien et surtout pas qu'en 1890, le petit Achille jouait encore au cerceau et n'avait encore rien signé ... 

Bien évidemment, on peut se poser  la question ... Pourquoi est-ce important d'attribuer ??? pas de nom pas de valeur ?? je comprends pour un tableau (et encore) mais pour un jardin ? Tentez l'expérience "Vous faites une affaire, ce jardin est de Jean-Marie Morel, dans 5 ans, il vaudra le double"  Bide assuré  ...

Pourquoi est-ce important de mal attribuer un jardin ??? "Probablement de Le Nôtre" ... dira trucmuche ..." et probablement de Duchêne"  enchaînera schtroumpfbidule
Achille Duchêne ? Le pauvre !!! il est le champion malheureux de la catégorie ... on lui attribue tout ... Même des photographies aériennes de 1908  ... Fortiche!
Un jour, exprimant un doute sur une attribution, on osa me répondre un imparable "Rien  dans les archives nous affirme que ce n'est pas de Duchêne" ... 

Bon, on ne va pas s'éterniser la-dessus  ... les pauvres d'esprit peuvent croire ce qu'ils veulent et même attribuer les jardins du Tadjikistan à André Le Nôtre, entre nous, je m'en fiche un peu ...  Seul le devenir des jardins est important...

Le Salon de Madame,  Champs-sur-Marne - Photographie Jean Gourbeix :  Parc, côté est : Bosquet des Dames avec quatre bustes féminins sur piédestal

lundi 6 avril 2015

La lettre de Georges Pompidou ...

Mon cher Premier Ministre,

J'ai eu, par le plus grand des hasards, communication d'une circulaire du Ministre de l'Equipement -Direction des routes et de la circulation routière- dont je vous fais parvenir photocopie. Cette circulaire, présentée comme un projet, a en fait déjà été communiquée à de nombreux fonctionnaires chargés de son application, puisque c'est par l'un d'eux que j'en ai appris l'existence.

Elle appelle de ma part deux réflexions : La première, c'est qu'alors que le Conseil des Ministres est parfois saisi de questions mineures telles que l'augmentation d'une indemnité versée à quelques fonctionnaires, des décisions importantes sont prises par les services centraux d'un ministère en dehors de tout contrôle gouvernemental ; la seconde, c'est que, bien que j'ai plusieurs fois exprimé en Conseil des Ministres ma volonté de sauvegarder "partout" les arbres, cette circulaire témoigne de la plus profonde indifférence à l'égard des souhaits du Président de la République.

Il en ressort, en effet, que l'abattage des arbres le long des routes deviendra systématique sous prétexte de sécurité. Il est à noter par contre que l'on n'envisage qu'avec beaucoup de prudence et à titre de simple étude, le déplacement des poteaux électriques ou télégraphiques.

C'est que là, il y a des administrations pour se défendre. Les arbres, eux, n'ont, semble-t-il, d'autres défenseurs que moi-même et il apparaît que cela ne compte pas. La France n'est pas faite uniquement pour permettre aux Français de circuler en voiture, et, quelle que soit l'importance des problèmes de sécurité routière, cela ne doit pas aboutir à défigurer son paysage.

D'ailleurs, une diminution durable des accidents de la circulation ne pourra résulter que de l'éducation des conducteurs, de l'instauration des règles simples et adaptées à la configuration de la route, alors que complication est recherchée comme à plaisir dans la signalisation sous toutes ses formes. Elle résultera également des règles moins lâches en matière d'alcoolémie, et je regrette à cet égard que le gouvernement se soit écarté de la position initialement retenue.

La sauvegarde des arbres plantés au bord des routes - et je pense en particulier aux magnifiques routes du Midi bordées de platanes - est essentielle pour la beauté de notre pays, pour la protection de la nature, pour la sauvegarde d'un milieu humain.

Je vous demande donc de faire rapporter la circulaire des Ponts et Chaussées et de donner des instructions précises au Ministre de l'Equipement pour que, sous divers prétextes (vieillissement des arbres, demandes de municipalités circonvenues et fermées à tout souci d'esthétique, problèmes financiers que posent l'entretien des arbres et l'abattage des branches mortes), on ne poursuive pas dans la pratique ce qui n'aurait été abandonné que dans le principe et pour me donner satisfaction d'apparence.

La vie moderne dans son cadre de béton, de bitume et de néon créera de plus en plus chez tous un besoin d'évasion, de nature et de beauté. L'autoroute sera utilisée pour les transports qui n'ont d'autre objet que la rapidité. La route, elle, doit redevenir pour l'automobiliste de la fin du vingtième siècle ce qu'était le chemin pour le piéton ou le cavalier : un itinéraire que l'on emprunte sans se hâter, en en profitant pour voir la France. Que l'on se garde donc de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté !
Georges Pompidou
 (Georges Pompidou, Lettre à Jacques Chaban Delmas, 1970)


Chavaniac-Lafayette : Reste d'un alignement routier lui-même trace d'un ancien alignement du domaine de Lafayette 
Tout est dit ... La France n'est pas faite uniquement pour permettre aux Français de circuler en voiture, et, quelle que soit l'importance des problèmes de sécurité routière, cela ne doit pas aboutir à défigurer son paysage.  et  pourtant, on reparle  de la suppression des arbres de bord de routes dans les mesures de sécurité routière ... Que faire ? Vous pouvez toujours dire non  ici ... 

mardi 10 mars 2015

Ce type n'a jamais mis les pieds dans un jardin ...

L'âme d'un jardin est son espace vide. La plus grande beauté est inséparable du plus grand dépouillement.
(François-Henri d'Harcourt,  Traité de la décoration des dehors, des jardins et des parcs, 1774)


Champs-Sur-Marne le 8 mars 2015
Méréville le 6 mars 2015
Champs-Sur-Marne le 8 mars 2015
Méréville le 6 mars 2015
 
Un jour, lors d'une journée consacrée aux plantes, j'ose dire qu'un jardin historique c'est du vide, du plein, des structures, des permanences ... un type dans le public dit à son voisin " Ce type n'a jamais mis les pieds dans un jardin" ...




lundi 2 mars 2015

Le dernier refuge du rêve ...

Nos contemporains, tels des enfants blasés, se fatiguent vite de l'immense joujou mécanique dont la science les a dotés. En dépit de multiples commodités et agréments, ils cherchent à s'évader d'une vie de plus en plus fiévreuse, angoissante. De là le goût des sports de plein air - golf, tennis, ski - le goût du jardin, dernier refuge du rêve, cadre idéal de repos, de sérénité et de joie. Plus peut être que dans la maison il est loisible d'y réer l'irréel pour l'oubli de tous nos cauchemars modernes : les débouchés, la baisse, la crise et le reste. Évidement, à notre époque de grande pénitence, nous ne pouvons chercher ni l'étendue ni le luxe. le jardin tel que nous le comprenons maintenant est une subtile oeuvre d'art réalisable par des moyens tellement simples que nos "super modernes" dépassent la mesure, nous encouragent même à vivre dans des cubes standards posés sur l'herbe. Rien sur les murs, rien à l'intérieur des murs, rien hors les murs. Heureusement, nous n'en sommes pas encore là, mais on ne peut nier une certaine tendance. Alors que les citadins exténués de travail ont soif de campagne, les cultivateurs abandonnent la terre pour émigrer vers les administrations et les usines. Ce double courant explique toute l'évolution du jardin moderne. Il y a de plus en plus de propriétés d'agrément et de moins en moins de jardiniers. On admet encore de faire un sacrifice d'argent pour avoir d'un seul coup et rapidement un cadre agréable, mais on recule de plus en plus devant les difficultés d'entretien. On cherche donc à avoir des jardins sans "entretien". C'est pourquoi l'architecture joue un très grand rôle, un peu hélas! au détriment des fleurs, ces adorables fleurs aimées qui vous rendent esclave d'un personnel devenu difficile et introuvable. Or, aujourd'hui après les soucis d'affaires, on vient à la campagne pour, avant tout, "avoir la paix". Les temps ne sont plus où le seigneur à haute canne se promenait au milieu de toute une armée de jardiniers bêchant, sarclant, plantant une multitude de buis, d'arbres taillés ou de fleurs pour composer en commun de somptueux tapis. on ne cherche  plus comme au grand siècle à prolonger à l'infini l'ampleur de son domaine. Évolution sociales, lourds impôts vous obligent au contraire. On se resserre. On a le goût de l'effacement. Volontiers on mettrait son bonheur entre  dehautes murailles, loin de tous les regards indiscrets, ou bien, tels les simples, on vivrait inconnu en bordure d'une prairie avec deux pots de géraniums à sa fenêtre. Nous oscillons provisoirement entre le besoin de nous restreindre et le désir fou de jouir au maximum d'une vie beaucoup trop courte. Si les jardins de l'ancien régime ont été sacrés " jardins de l'intelligence" ceux d'aujourd'hui pourraient être baptisés les "jardins du sentiment ou de l'amour" Dans ce domaine, comme il convient, les femmes sont reines. Comme rien n'est fait de rien, ces jardins s'apparentent avec ceux créés par les civilisations sensuelles qui successivement brillèrent autour de la Méditerranée, en Perse, à Rome, au Maroc, en Espagne. Ils sont raffinés avec un mélange constant d'architecture, de végétation et d'eau. Suivant l'endroit on utilise des matériaux plus ou moins riches. Les allées sont en marbre, en faïence, en galets, en gazon, mais l'esprit est toujours le même.

(Albert laprade, Idées générales sur le jardin moderne, L'Illustration, 28 mai 1932)

Projets Laprade et Bazin - Architectes
Albert Laprade - Jardins  de Monsieur de Fels à la Muette et de Madame de Ligne, rue de Grenelle 
Deux exemple de jardins conçus pour éviter tout entretien
 " Ces deux parterres sont presque entièrement en gravier rouge pour obvier à l'absence de fleurs, les réceptions, à Paris ayant lieu surtout en hiver"
Jean Claude Nicolas Forestier - Jardin d'inspiration mauresque, 
propriété de M. Joseph Guy à Béziers 
 Photographie Roger Schall - Jardin de Monsieur Jacques Rouché - 
Paul Vera et Charles Moreux
On ne peut pas dire qu'il soit en pleine forme notre ami Albert Laprade ... J'aime bien les pessimistes ... j'aime les jardins de cette période ... Avec toutefois un petit bémol pour les jardins "tarte-à-la-crème-rond-point-avant-l'heure" de Laprade et Bazin ... 

vendredi 27 février 2015

Un jardin, combien de vies ? ...

Aménager des bureaux dans un silo (Carta à Marseille), une fac dans des grands moulins (Ricciotti à Paris), un musée dans une centrale électrique (Herzog et de Meuron à Londres). Créer un centre d'art dans une biscuiterie (Bouchain à Nantes), un espace-commercial dans une usine automobile (Piano à Turin), un centre chorégraphique dans d'anciens bureaux (Robain et Guieysse à Pantin)... Depuis 2000, après des décennies de « rénovation-bulldozer», architectes, élus et aménageurs penchent heureusement de plus en plus pour la transformation et la réaffectation du bâti industriel, même assez banal, pour peu qu'il tienne debout. Avec une centaine d'exemples de réhabilitations heureuses menées en France, en Europe, et sous d'autres latitudes, cette exposition démontre, photos et maquettes à l'appui, toute la pertinence de ce type de démarche. Garder la trace de l'usine ou de l'entrepôt du coin de la rue, c'est d'abord ne pas renier leur histoire, ni oublier ceux qui y ont travaillé. Rénover plutôt que démolir, c'est aussi éviter un gâchis de matériaux et des centaines de camions de gravats. Surtout, travailler ainsi sur l'existant oblige les architectes à dépasser leur ego pour se glisser dans ces vieux murs à la recherche du génie des lieux. Une excellente école d'imagination et d'humilité.

 ((Luc Le Chatelier,  2015, Télérama n° 3398)

Fontainebleau ... 500 ans de permanence


Ancy-le-Franc ... 500 ans d'humilité


Champs-sur-Marne - 300 ans  d'imagination
On vous le répète constament ... Toutes les problématiques se retrouvent dans les jardins ... Celle-ci - La transformation comme acte de création- ... Grosso modo, les jardiniers la prêchent depuis 500ans ...



Un bâtiment, combien de vies ?
La transformation comme acte de création
Cité de l'architecture et du patrimoine
17 décembre 2014 -  28 septembre 2015


lundi 23 février 2015

Années 30 ... ...

Une maison de paysan sera suffisamment égayé par une ou deux plate-bandes en gradins avec fleurs vivaces : Capucines, soucis, roses trémières ou Coquelicots. Ailleurs, le "jardin de curé" sera le complément nécessaire d'une bonne vielle maison provinciale toute modeste et sans prétention. Le potager lui-même comme au moyen âge est susceptible de concourir à un effet d'ensemble. Au lieu de le reléguer, dans bien des cas, il y a avantage à le montrer. A la campagne, il permet d'accentuer un caractère de "bonhomie" et la résultante des potager fleuris "composés" avec la maison est souvent pleine de séduction
(Albert laprade, Idées générales sur le jardin moderne, L'Illustration, 28 mai 1932)
Autochrome Léon Gimpel,  Escalier fleuri du jardin de Théoule-sur-Mer

 Escalier vert  des Colombières à Menton-  Ferdinand Bac, architecte
L'Illustration, 28 mai 1932 - Parterre moderne de motifs d'eau et de carrés de fleurs à St Jean-de-Luz - Charles Siclis Architecte
Autochrome Léon Gimpel - Le jardin d'agrément de la Villa Isola Celesta

No comment .... 

lundi 16 février 2015

L'Hermenault ...

Pour se servir de ces eaux-ci, la considération de leur situation est pour un préalable, très-requise, afin de prendre avis sur leur conduicte, présupposé que soyés asseuré de leur valeur. Car d'attirer à soi des eaux mal-saines, ou infructueuses, ne doit entrer en l'entendement d'aucun. De parler ici des eaux navigables, n'est aussi mon intention, estant ce la Nature elle-mesme qui seule ordonne sur telles matières. Ou ce seroit que pour l'abondance d'eau, la prenant en quelque bonne rivière, et par la facilité du chemin, on fut incité d'en faire le canal tant ample, qu'il suffit à recevoir des bateaux pour la débite des fruicts de la maison; à l'exemple des petites rivières de Lion, d'Esteinpes, et autres, qui se deschargent dans la Seine au-dessus de Paris.
De ces trois sortes d'eaux, la plus souhaittable est celle de fontaine, à la-quelle, seule, nous-nous arresterons, si son abondance fournit à toutes nos nécessités, pour la conduire diversement selon la diversité de ses services. C'est assavoir, partie en tuiaux clos, pour le boire ordinaire, afin d'estre nette et fresche, et partie en canal ouvert pour les moulins, arrousemens , fourniture d'estangs et semblables services. Mais si pour son impuissance, la fontaine ne peut faire que nous abbruver, et arrouser quelque peu les jardins : et elle et le ruisseau, ou son défaut la rivière, seront employés, afin d'arrouser en grand volume, et faire moudre les moulins. Or d'autant que pour la conduicte de toutes eaux, soit à couvert, soit à descouvert, le chemin doit estre préparé avec artifice requis, sera en cest endroit donnée l'addresse de faire le canal ouvert, dont l'on se sert généralement en toute sorte d'aqueducts : en attendant qu'ayant mis en évidence les fontaines sous - terraines, avec les autres soyent conduictes en tuiaux clos, ainsi qu'il appartient, et sera ci-après enseigné.
La première oeuvre, sera la remarque du lieu de la prinse de l'eau, pour la faire la plus près de vous que pourrés, à ce que moins en conste la fabrique et l'entretenement, que plus court en sera le chemin. Si le naturel de l'assiete vous contraint de prendre l'eau hors de vostre terre, acquerrés du seigneur de fief vostre voisin, le tiltre de telle faculté, par les plus asseurés moyens que treuverés par conseil : afin que sans destourbier, puissiés venir à bout de vostre entreprillse, et que pour l'avenir, muni de bon droict, jouissiés paisiblement de vostre labeur, sans crainte de l'envie, qui communément accompaigne ceux qui font bien leurs affaires. Ce fondement posé , le chemin que vostre eau a à tenir, sera finement nivelé avec le grand niveau, lui donnant tant de pente qu'il sera possible, pour vistement la faire descendre où désirés, selon qu'il est requis. Cela sera aisé, si le naturel favorise l'oeuvre: mais n'ayant à choisir de place pour la prinse de l'eau, mesnageant son chemin, la prendrés en endroit d'où justement elle puisse couler ès lieux destinés. Et moyennant que le plomb du niveau pende tant soit peu, ne doubtés que l'eau n'aille par le canal ainsi préparé. Ceci est considérable, que tant plus grande abondance d'eau y a-il, plus viste va-elle, voire ne s'arrestera nullement, bien-que le chemin n'eust aucune pente, parce qu'une eau pousse l'autre avec violence. Pour laquelle cause, plus de liberté a-on de conduire une grande, qu'une petite eau, ceste-là, allant en canal peu ou prou pendant: mais ceste-ci, ne peut découler que par chemin ayant raisonnable pente. Aussi sont à noter la largeur et la profondeur du canal, pour les mesurer, par l'eau, et par le chemin: afin que selon la grandeur ou petitesse de l'eau, grande ou petite pente du lieu, le canal se face large ou estroict, et de mesme profond. Encores que l'eau soit abondante, si elle est en lieu fort pendant, estroict canal suffira pour sa contenue: et au contraire, une petite eau estant en endroit peu pendant, requiert d'avoir le canal fort large. A la résolution de cest avis, aidera beaucoup l'imagination du service que désirons tirer de nostre eau. Car si ce sont grandes estendues de prairies ou autres terroirs, qu'en désirons arrouser: si la voulons employer en moulins de remarque: ou à la furnitnre de grands estangs , son abondance, pouvant satisfaire à ces choses, plus large et plus profond en faudra tenir le canal , que pour rnesnages de moindre importance. Qui sera pour toute mesure, dont à l'oeil, nostre père-de-famille ordonnera, par son bon sens : mettant en conte les engraissemens que charrie l'eau en temps de pluie, procédans des laveures des champs labourés, et fumés, pour n'en perdre aucuns, ains afin de les recevoir tous, faire que le canal, pour mince que soit l'eau, demeure plustost trop grand, que trop petit.
Se doit estudier, le père-de-famille, à profitablement disposer cest ouvrage, à ce qu'avec peu de despence il s'entretienne, et que non-sujet à fréquente ruine, se conserve longuement en bon estat. La prinse de l'eau en est le plus difficile article, ayant à résister à l'impétuosité des eaux, dont souventes-fois avient, qu'elle est emportée par les ravines des pluies. Si avés de reste de niveau, c'est à dire, si pouvés prendre l'eau tant hautement qu'il vous plaira, et que le lieu soit rocher, pourveoirés à ceci dès le commencement: car il ne faut que creuser la prinse de l'eau dès le rocher pour la faire de perpétuelle durée: où parti de là, n'y aura autre chose à réparer, que d'en oster le gravier et terrain qui en bouchent l'entrée, quand les eaux s'engrossissent par les pluies. Et encores que pour sa durté, le rocher couste beaucoup à tailler, si est-ce que le non-refaire rendra l'œuvre à bon marché: et causera davantage grand repos, n'estant à tous coups en pensement d'y remettre la main; comme il avient à toutes autres prinses d'eau, ausquelles y a tous-jours de la besongne, et souventes-fois, est-on contraint à les réédifier de nouveau.
S'il escheoit que pour la bassesse du lieu, il falle hausser la prinse, afin de rarnonter l'eau la jettant dans le canal, la chose se fera à profit, pourveu que le fonds soit rocher: dans lequel fourrera-on droictement des gros bois, qui portans des pièces traversantes, front la prinse de l'eau. Telle prinse durera longuement, non plus toutes-fois que le requiert la qualité de la matière, qui sujette à pourriture, à la longue se consume: et quelques-fois ne pouvant souffrir l'impétuosité des eaux, par icelles est le tout renversé.
Moins encores durent les prinses d'eau, quand, par faute de rocher, ne peuvent estre fondées que sur le sablon, ou gra¬vois, où l'on fourre des pilotis, y entre¬lardant des pièces traversantes attachées avec crampons de fer et grosses chevilles, car par l'insolidité du fondement, et violence des eaux, l'artifice se déserte dans quelque temps.
D'autres, avec moins de mystère, oeuvrent en cest endroit, ne se servans que de la pierre, dont ils composent leurs prinses en l'eau, avec un peu de terre qu'ils y adjoustent au-dessus: mais c'est parla faveur du lieu, qui continuellement leur fournit nouvelle matière. Et si bien telles prinses ne coustent guières, aussi leur durée est très-petite, se ruinans presques du tout à chaque fois que les eaux s'en-grossissent. Ainsi void-on qu'il n'y a que le seul rocher, qui résiste contre ic temps et les eaux, pour estre de durée requise.
Quant au canal, il est certain que le taillé dans le rocher, surpasse tous autres, et pour la durée, et pour la conservation de l'eau, la gardant de se perdre en chemin: mais cela n'est à souhaitter pour la longueur de l'ouvrage, causant trop grande despence en sa fabrique. Par-quoi, suffira de le faire passer en terre solide , plustost argilleuse que sablonneuse, ceste-là ne consumant tant d'eau que ceste-ci. Et pourveu que le canal soit de bonne profondeur, ne doublés de son service : à la charge aussi, d'estre tenu net, sans souffrir que par négligence il se comble, comme à la longue de soi-mesme il feroit, si quelques-lois l'année, il n'estoit curé. Avenant qu'en chemin se rencontrent des vallons et enfoncemens par où passent des torrens: afin que leurs eaux ne desrompent vostre canal, ou le comblent, quand avec violence elles descendent des montaignes emportans de la terre, faudra, remédiant à tels maux, bastir des ponts de maçonnerie à travers iceux vallons, pourporter vostre eau claire et nette : passant cependant dessous les ponts, celle des torrens. Ou au contraire, si mieux l'aimés, le lieu s'y accommodant, ferés des ponts à travers vostre canal, pour recevoir l'eau des torrens et la rejetter en hors : ainsi sans destourbier vostre eau fera son chemin. Si pour quelque graisse que les eaux des torrens pourront charrier en temps de pluie elles se rendent recommendables, comme cela avient passans par quelques bons labourages, ne mesnagerés que bien, de les profiter en les assemblans avec celle de vostre canal. Mais en ceci irés retenu, afin de leur donner entrée dans vostre canal, avec ce jusques-où, qu'elles n'y puissent nuire ne rien dégaster.

(Olivier de Serres, Théâtre d'agriculture et mesnage des champs  - Chapitre II
Les grosses Fontaines. Ruisseaux et Rivières, ou Eaux sus-terraines et manjfestes, et leur conduicte par canaux ouverts 1600 )
L'Hermenault - L'organisation de l'eau 

L'Hermenault -Le canal
L'Hermenault - Le moulin et une sorte de piscine circulaire bizarre servant également de pédiluve
L'Hermenault - La peupleraie le long du canal 
L'Hermenault - Le logis, la tour médiévale, les terrasses et le mur du jardin clos
L'Hermenault - Détail du mur
L'Hermenault - Les Platanes
Après le domaine des Riceys-le-Bas, je visite maintenant le domaine de L'Hermenault... Je vis dangereusement ... mon coeur fragile ne peut supporter autant d'émotion en si peu de temps  ...
L'Hermenault c'est toute la poésie d'Olivier de Serre, c'est du vieux français, de la technique ancienne... Je vais vous épargner les superlatifs ... Le domaine de L'Hermenault est un haut lieu de culture, il fait partie de ces grands jardins, de ces vielles organisations économiques où l'homme aménageait le territoire pour survivre, mieux vivre ... 
La loi sur la continuité écologique des cours d'eau menace l'organisation hydraulique de L'Hermenault ... Cette loi promulguée pour mieux vivre est une très bonne loi. Je suis pour cette loi ... Mais de temps en temps, son application me rend perplexe  ...  Pourquoi est-il urgent de s'attaquer à ces organisations en place depuis plusieurs siècles ???  Le nombre d'ouvrage à effacer en France pour assurer la continuité écologique des cours d'eau est estimé à 60 000 ... Peut être ne suis-je qu'un has been défenseur du patrimoine mais je doute très sérieusement que de conserver les quelques centaines ouvrages hydrauliques témoignant de l'histoire des hommes soit contraire ou néfaste à l'application de cette loi ... A moins que ce mieux vivre ne concerne plus l'homme et sa culture ... Possible ...

lundi 9 février 2015

Noisiel ...

Les moments les moins troublés de mon existence sont ceux que j'ai passés à Noisiel, chez cette femme dont les paroles et les sentiments n'entraient dans votre âme que pour y ramener la sérénité. Je les rappelle avec regret ces moments écoulés sous les grands marronniers de Noisiel! L'esprit apaisé, le cœur convalescent, je regardais les ruines de l'abbaye de Chelles, les petites lumières des barques arrêtées parmi les saules de la Marne.
Le souvenir de madame de Lévis est pour moi celui d'une silencieuse soirée d'automne. Elle a passé en peu d'heures ; elle s'est mêlée à la mort comme à la source de tout repos. Je l'ai vue descendre sans bruit dans son tombeau au cimetière du Père-Lachaise; elle est placée au-dessus de M. de Fontanes, et celui-ci dort auprès de son fils Saint-Marcellin, tué en duel. C'est ainsi qu'en m'inclinant au monument de madame de Lévis, je suis venu me heurter à deux autres sépulcres; l'homme ne peut éveiller une douleur sans en réveiller une autre : pendant la nuit, les diverses fleurs qui ne s'ouvrent qu'à l'ombre s'épanouissent.
(François René Chateaubrian, Mémoires d'outre-tombe, 1849)


Carte Etat Major 1819 - Champs et Noisiel ( en brun la limite historique de séparation)


Plan cadastre 1825 par Bussery, géomètre - Champs et Noisiel 

Compagnie Aerienne française (CAF)  vue de l'usine Menier, le chateau et le parc de Noisiel, 1923


Compagnie Aérienne française (CAF)  vue de l'usine Menier, le château et le parc de Noisiel, 1923. Certes la photo est belle et le site intéressant ... Le jardin en revanche est un un peu convenu...
1929 - Compagnie Aérienne française (CAF) vue du château et du parc de Champs fraichement restauré par les Duchêne. Au loin le château de Noisiel. L'ensemble correspondant à l'ancienne emprise du domaine du Duc de Levis ... 180 hectares. Le carré entouré d'arbres au premier plan est l'ancienne garenne du domaine de Champs

Le parc et le château de Noisiel par G de Pontalba (lithographie)
C'est sûr ... à force de chercher sur Champs on tombe sur Noisiel ... Le problème est que je n'ai absolument rien à vous raconter sur Noisiel ... Je trouvais ces photographies aériennes magnifiques et comme je suis un type franchement sympa, j'ai voulu partager avec vous ... une fois de plus ... pour vous sortir de l'ignorance. 
Si vraiment vous souhaitez approfondir vos connaissances sur ce lieu, vous lirez l'article de Marc Valentin dans l'ouvrage "Le temps des jardins" de Florence Colette -1992.

Sur la carte d'Etat Major de 1819, Champs est entièrement agri-cultivé ... Champs a subi la Révolution de plein fouet. (Mais moins que la pauvre propriétaire Henriette Françoise de Marbeuf condamnée pour trahison par Antoine Fouquier-Tinville. Elle aurait désiré l'arrivée des Prussiens en France ce qui n'est jamais bien vu dans notre pays. Elle sera finalement guillotinée en 1794 ) Je reprends ... Champs est devenu bien national...  Le très grand jardin du très illustre Claude Desgot réduit à une simple terre de labour, à une campagne, à n'être qu'une deuxième nature ... voire une annexe de Noisiel et de ses marronniers apaisant les esprits ...  Bref !!! la période insupportable où le parc de Champs a probablement failli disparaitre ... !!! ... 



samedi 7 février 2015

Week end Buxus farewell ...



ANNONCE : 

Maladies des buis
Afin de faire le point sur les problèmes sanitaires du buis, sur l’avancée des recherches, sur les réglementations et sur d’éventuelles méthodes de gestion et/ou de remplacement, Vaux le Vicomte en partenariat avec Plante et Cité organisent le mercredi 4 mars 2015 une journée d’étude.

Informations et inscriptions grâce à ce lien : http://www.vaux-le-vicomte.com/journee-detude-buis/

Moi j'y vais ...