dimanche 28 juin 2015

Bussy-Rabutin ...

En parlant des arbustes, nous avons tout d'une main presque pourvu au moyen de les ranger convenablement : n'y ayant d'autres mystères, qu'à les conduire avec des paux et perches pour les dresser en cabinets, tonnelles, berceaux, treillages et autres œuvres de diverses façons et figures, selon les dessins qu'en aurez faits par le guide de la fantaisie, et la commodité des lieux. Ici sera montré comment l'on doit se servir des herbes et les employer, ayant égard à leurs facultés, pour l'ornement du parterre, afin de le rendre magnifique : ainsi qu'avec admiration plusieurs excellents jardins de plaisir se voient disposés en ce royaume. Même ceux que le roi fait dresser en ses royales maisons de Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, des Tuileries, de Monceaux. Blois.
Ce ne pourait voirement être sans merveille, que la contemplation des herbes parlant par lettres, devises, chiffres, armoiries. cadrans : les gestes des hommes et bêtes : la disposition des édifices, navires, bateaux et autres choses contrefaites en herbes et arbustes, avec merveilleuse industrie et patience : comme de telles gentillesses, l'on remarque à Chanteloup, où ont été assujettis et arbustes et herbes.
Il ne faut voyager en Italie ni ailleurs pour voir les belles ordonnances des jardinages, puisque notre France emporte le prix sur toutes nations, pouvant de celle-ci, comme d'une docte école, puiser les enseignements sur telle matière. Et parce que de tels magnifiques agencements ne sont généralement communiqués par tout le royaume, ces instructions ci vous serviront à dis poser vos jardins comme il appartiendra, si êtes en lieu où telles oculaires adresses défaillent.
Notez pour un préalable, qu'indifféremment toutes plantes ne servent en tous les endroits de notre parterre : la raison voulant que les plus grandes et élevées soient employées dans les lieux les plus robustes, et les petites et basses dans les plus délicats. Les premières serviront à border les entours des carreaux, le long des grands chemins et allées : les secondes, à façonner les compartiments et autres menues choses du parterre, dont par telle proportionnable disposition le tout se présentera très bien, ressemblant à un accoutrement orné de passement de grande montre, ou à un tableau enrichi de sa comice , dont l'élèvement donne lustre à ce qu'elle enferme. Les bordures seront assez hautes, pour tout grand lieu, d'un pied et demi au plus, sur un pied d'épaisseur, encore qu'elles soient faites de la plus grossière plante de laquelle l'on se serve en cet endroit. Elles seront façonnées toutes d'une même matière, pour éviter la difformité procédant du mélange des plantes : s'entend en un même rang et bord, car y en ayant plusieurs, pour embellissement, faudra que chacun soit fait d'une particulière espèce, afin de se distinguer les uns des autres. Les myrtes. la lavande, le romarin, la trufemande et le buis sont les plus propres plantes pour bordures, et qui plus longuement durent. Et aux compartiments simples doubles, entrecoupés et rompus, la marjolaine, le thym, le serpolet. l'hysope, le pouliot. la sauge, la camomille, la menthe, la violette, la marguerite, le basilic et autres herbes demeurant toujours vertes et basses, comme l'oseille et le persil qui en cet endroit se laissent manier, et aussi celles qui, avec ces qualités là, ont quelques attrayantes senteurs. La rue y est employée, quoique de senteur forte, mais c'est pour sa facilité à se ployer à ce service. Ce sont les plantes dont de tout temps l'on s'est servi en ces beaux jardins.
Mais parce que la plupart de celles-ci défaillent tôt, ne pouvant souffrir les extrêmes froidures, moins durant en service que plus elles sont délicates, si [bien] que c'est entièrement à refaire, au plus tard, dans trois ans l'on est avisé, pour faire durer longuement les compartiments du parterre, de les dresser, ou la plupart, avec le seul buis dont la beauté de verdure est, malgré le temps, glaces et neiges. toujours une, telle sienne non délicatesse, lui causant grande durée avec facile entretien. Pour laquelle cause, sans avoir égard à sa forte et malplaisante senteur, est le buis employé dans les choses les plus délicates du parterre.
(Olivier de Serres, Théâtre d'agriculture et mesnage des champs - Chapitre XIII, Emploi des herbes et fleurs, pour bordures et compartiments ; et pourtraits de jardinages, 1600)


Bussy-Rabutin, les parterres
Bussy-Rabutin, La vue sur le château depuis le jardin
Bussy-Rabutin, l'allée menant au bois
Bussy-Rabutin, les alignements
Bussy-Rabutin, Les bosquets
Bussy-Rabutin, L'escalier
Bussy-Rabutin, La vue sur jardin depuis le bois
Je n'ai jamais travaillé à Bussy mais j'y ai donné des conseils de gestion ... La semaine dernière en parcourant le jardin avec Rémi Gaillard, le jardinier plus que compétent de Bussy, je dois avouer que j'étais un peu fier du résultat ... Bien sur, ce résultat n'existerait pas sans le jardinier... Rémi a redonné une santé à ce jardin en arrêtant il y a onze ans déjà (précurseur) les produits phytosanitaires ... (Comme à Fontainebleau, la charge de travail dû au zérophyto est tout à fait acceptable) ... Depuis onze ans donc, par son travail mécanique,  il a redonné une santé aux allées, les végétaux se portent mieux, il a redonné volume aux bosquets et percé des vues du bois vers le jardin ... Bref ! un vrai travail de jardinier de scénographe ... Les alignements, après un démarrage difficile ont finalement repris et commencent à remplir leur rôle ... Il s'en est fallu de peu, un arboriste conseillait d'en abattre un sur deux pour relancer la croissance des arbres (le fameux discours que je rejette et qui préconise aux arbres plus d'espace pour mieux se développer) Quand je vois l'alignement aujourd'hui, on a bien fait de ne pas suivre ce conseil ... Les arbres ne se seraient pas plus développés mais en perdant la densité de l'alignement, le rythme nerveux recherché aurait été quant à lui perdu à jamais ...  

samedi 20 juin 2015

Week end "Fête de la musique" planqué dans les jardins ....




Jardins de la ville de Paris
Article 10 du règlement : 

Sont interdits les bruits gênants par leur intensité, leur durée, leur fréquence ou leur caractère agressif, en particuliers ceux produits par les instruments de musique et de percussion et par la diffusion de musique amplifiée, sauf dérogation.


Jardin des Tuileries
Article 8 du règlement :

Il est donc interdit :
- de procéder à des quêtes et à des pétitions ;
- d'organiser des manifestations ;
- de provoquer des attroupements ou des rassemblements ;
- de se livrer à toute activité de commerce, de publicité, de propagande ou de racolage ;
 - d'utiliser des appareils sonores pouvant gêner les visiteurs ;
- d’être en maillot de bain ou torse nu.

Jardin du Sénat (Paris)
Article 6 du règlement :

Sont interdits les bruits susceptibles de troubler la tranquillité des promeneurs, les jouets ou objets bruyants, l’emploi d’appareils et de dispositifs de diffusion sonore par haut parleur ainsi que l’utilisation de pétards et autres pièces d’artifice.
L’usage d’instruments de musique est soumis à autorisation spéciale.


Jardins de la ville de Lyon
Article 12 du règlement :


Sont interdits les bruits gênants par leur intensité, leur durée, leur forte charge informative ou leur caractère agressif tels que ceux produits par :
- les cris et les chants de toute nature notamment publicitaires, les émissions vocales et musicales, l’emploi d’appareils et de dispositifs de diffusion sonore,
- l’usage de tout instrument de musique, notamment les instruments à percussion ainsi que les jouets ou objets bruyants,
- l’usage de postes récepteurs de télévision,
- l’usage de postes récepteurs de radiodiffusion, de magnétophones, d’électrophones ou de tout appareil à diffusion sonore analogue, à moins que ces appareils soient utilisés exclusivement avec des écouteurs, les tirs de pétards, artifices, armes à feu et tous autres engins, objets et dispositifs bruyants similaires.
Des dérogations pourront néanmoins être accordées afin de faciliter le déroulement de manifestations autorisées dans certaines conditions de lieux et de temps.

etc ... 

Rules & Regulations of the New York City Department of Parks & Recreation
Mais pour être tout à fait honête je suis allé voir ailleurs ... j'ai donc tapé sur mon clavier New york et je suis tombé sur "Rules & Regulations of the New York City Department of Parks & Recreation" et bien, je n'ai rien trouvé interdisant la musique ... en revanche je suis tombé sur le calendrier des concerts ... (il est vrai aussi que le niveau musical est bien meilleurs à New York  ... et toc!)

Prohibited Uses :
Destruction or Abuse of Property and Equipment
Destruction or Abuse of Trees, Plants, Flowers, Shrubs and Grass
Littering, Polluting, Dumping, and Unattended Property
Restrictions on Glass 
Aviation
Explosives, Firearms and Weapons
Abuse of Park Animals
Marijuana; Controlled Substances.
Failure to Control Animals
Control and Removal of Animal Waste
Urination and Defecation in Parks
Disorderly Behavior
Loitering for Illegal Purposes
Unlawful exposure
Obstruction of sitting areas
Unlawful camping.
Unlawful spitting
Unhygienic use of fountains, pools, and water
Unlawful solicitation


jeudi 18 juin 2015

Voyage en Flandre ...

Monique Mosser, notre grande prétresse des jardins à tous, dit que les livres sont la quatrième nature ...
La preuve en images ...

 Praetorium Baronis de Ekelsbeque
 (
Antoine Sanderus, Flandria illustrata, sive Descriptio comitatus istius per totum terraru orbem celeberrimi, 1641)

Wacquen - Municipium de Wacquen - Praetorium Guilielmi Caroli Francesci (Antoine Sanderus, Flandria illustrata, sive Descriptio comitatus istius per totum terraru orbem celeberrimi, 1641)
Praetorium de Coyghem(Antoine Sanderus , Flandria illustrata, sive Descriptio comitatus istius per totum terraru orbem celeberrimi, 1641)






dimanche 14 juin 2015

Zérophyto à Fontainebleau ...

Les traitements herbicides permettent de résoudre rapidement et de manière efficace le problème des mauvaises herbes. Grâce à un herbicide de bonne qualité, la plupart des espèces végétales indésirables peuvent être supprimées, y-compris les plus coriaces. Pour ces dernières, le désherbage manuel n'étant pas suffisant si l'on ne détruit pas les racines, le recours à untraitement herbicide à l'aide d'un désherbant chimique peut s'avérer très utile. Une large gamme de produits désherbants est disponible sur le marché. Il s'agit donc d'identifier le traitement le plus adapté à sa situation, afin d'obtenir un résultat satisfaisant. Tout d'abord, il faut identifier la mauvaise herbe à détruire, ensuite il faut choisir un produit spécifique pour l'endroit à désherber. Certains désherbants sont efficaces pour désherber une allée ou une terrasse, alors que d'autres sont plus indiqués pour l'entretien du jardin ou pour désherber un gazon.
(roundup-jardin.com)


Domaine national de Fontainebleau 
Domaine national de Fontainebleau 

Domaine national de Fontainebleau 

Domaine national de Fontainebleau 
Domaine national de Fontainebleau 
"L'exemple doit venir d'en haut" ... Qui est mieux placé que le jardinier en chef d'un grand domaine réputé "ingérable" pour donner l' exemple ?  

je ne vais pas m'étendre sur cet exemple à suivre et incontestablement efficace :

Le grand parterre de Fontainebleau : 14 hectares (le plus grand du monde) ... 8 hectares de partie sablée ... Le jardinier en chef, mon ami Thierry Lerche, réfléchit depuis quelques temps à la gestion zérophyto de ce parterre tout en continuant à gérer et conserver les 130 hectares du domaine .... 
Résultat : 1/2 journée par semaine (en saison) pour les 8 hectares (hersage tout simplement)... On est bien loin du pronostic des prophytos qui nous promettaient un travail inhumain pour des armées de tacherons ruinant à tout jamais le propriétaire ... Certains diront qu'ils n'ont pas ce temps là à consacrer aux allées .. Certes ! ... Il est toujours temps de faire un autre métier ...

vendredi 29 mai 2015

Botanique intrinsèque ...

Le charme d'Adam est d'être à poil ...
(Moyen mnémotechnique hortésien )
Charme (Carpinus betulus) marquant une ancienne lisère dans un jardin lâchement abandonné

Hêtres (Fagus sylvatica) dans le même jardin abandonné
"Le charme d'Adam est d'être à poil" mais qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? ... et celui là ? " La bite à ce pauvre homme" ? Ce sont des moyens mnémotechniques qu'on n'apprend pas (plus?) à l'école ... certes pas très fins mais assez efficaces ... 
Traduction - "Le charme d'Adam est d'être à poil "veut dire : la feuille du Charme (Carpinus betulus) à des dents (charme d'Adam), la feuille du hêtre (Fagus sylvatica) à des poils (être à poil) ... vous conviendrez que c'est efficace et heureusement juste ... "La bite à ce pauvre homme" ? est le moyen de se rappeler le mot Pittosporum ... très compliqué pour un mot aussi simple, à moins que ce soit de l'humour hortésien...La détermination (et en général la botanique) est la bête noire des jardiniers ... il est vrai que les Ceratostigma plumbaginoïdes, Leptopteris hymenophylloides et autre Cunninghamia sinensis sont bien difficiles à avaler ... Le plus vicieux de tous est l'Aesculus hippocastanum pour ce pauvre et bien simple marronnier ... d'ailleurs qui le dit ? ... 
Je crois savoir que les étudiants actuels n'apprennent plus (trop) ces listes interminables de végétaux ... Les familles ne s'apprennent plus vraiment depuis longtemps maintenant ... Vais-je jouer le nostalgique habituel ? Pas vraiment, j'ai toujours pensé que l'a détermination des végétaux n'était pas un truc d'étudiant mais l'œuvre parallèle d'une vie de jardinier ... Combien de plantouilles suis-je capable de reconnaître au premier coup d'œil sans l'aide d'une flore ? ... 100 ? 1000? 10 000? je n'en sais rien du tout (10 000 sûr que c'est non) En revanche ... et c'est mon coté poétique (ou Corse ?) j'aime les familles, les anciens noms surtout .. les Graminées, les Légumineuses, les Philadelphées, les Labiées, les Liliacées, les Renonculacées, les Ombellifères, les Rosacées, les Papilionacées ... etc. et par dessus tout, les Cucurbitacées ... Nostalgique ? peut être un peu ...

vendredi 22 mai 2015

L'homme qui aimait les jardins ? ...

Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le monde en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie.
(François Truffaut, L'homme qui aimait les femmes, 1997)

Jardin du Château de la Roche - Larochemillay - Morvan
Rares sont ceux qui aiment les jardins comme Truffaut pouvait aimer les femmes avec respect et profondeur, préférant l'âme à la beauté standardisée. Les jardins ne sont pas des femmes, loin de là ... Les jardins méritent d'être aimés pour ce qu'ils sont, des créations subtiles et profondes ...  On dit souvent que le jardin est une des passions françaises ... "Bullshit" repondrait Matthew McConaughey dans True Détective ... Les français aiment les plantes, le jardinage mais ne comprennent pas grand chose voire ne s’intéressent pas vraiment à l'art des jardins, à son histoire, à sa composition, à ses usages  ... Pourquoi dis-je  ça moi qui suit toujours si gentil?... Je rencontre beaucoup de propriétaires et gestionnaires de jardins ... je suis peut être même la personne qui en a le plus rencontrés ces 10 dernières années ... Immanquablement, ces propriétaires et gestionnaires, de lieux pourtant absolument remarquables, subissent la pression du public qui, je ne sais pas pourquoi et par quel miracle, a toujours raison ... Malheureusement, on retient peu le petit mot sympa  figurant sur le fameux livre d'or ... En revanche, on retiendra le "Mal entretenu" le "Bel endroit, dommage qu'il n'y ait pas plus de fleurs" le "A ce prix là c'est scandaleux d'avoir des herbes dans les allées" les  "Les haies sont mal taillées" etc. ... Je lis régulièrement ces livres d'or avec, je vous l'avoue, grand désespoir ... Comment faire aimer les jardins pour ce qu'ils sont ? Je ne sais pas ... arrêter d'écouter les cons ? ... Jeter les livres d'or à la poubelle ? ... Ça ne réglera pas ce problème de fond certes, mais retrouver un peu de liberté n'est jamais chose mauvaise pour un jardin et son jardinier... 

jeudi 14 mai 2015

Etes-vous jardinier ou enfant de Marie ? ...

Rarement le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) aura rendu évaluation potentiellement aussi lourde de conséquences. Dans la dernière édition de la revue The Lancet Oncology, publiée en ligne le 20 mars, l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonce avoir classé trois pesticides dans la catégorie 2A – c’est-à-dire « cancérogènes probables » –, dernier échelon avant la qualification de « cancérogène certain ».

Parmi les trois molécules réévaluées par le CIRC se trouvent deux insecticides, le diazinon et le malathion, dont l’utilisation est restreinte en Europe. C’est la troisième substance épinglée, le glyphosate, qui donne son caractère singulièrement explosif à l’avis rendu par le CIRC. Synthétisé par Monsanto dans les années 1970, le glyphosate – principal ingrédient du célèbre désherbant Roundup – est en effet l’herbicide le plus utilisé au monde et le plus souvent retrouvé dans l’environnement.

« Il est utilisé dans plus de 750 produits pour l’agriculture, la foresterie, les usages urbains et domestiques, notent les scientifiques réunis par le CIRC. Son utilisation a vivement augmenté avec le développement des cultures transgéniques tolérantes au glyphosate. » Ce n’est donc pas une simple substance chimique dont l’innocuité est mise en cause par le CIRC, mais la pierre angulaire de la stratégie du secteur des biotechnologies. La grande majorité des plantes génétiquement modifiées (PGM) mises en culture dans le monde sont en effet conçues pour pouvoir absorber cet herbicide sans péricliter, permettant ainsi un épandage direct sur les cultures pour désherber les surfaces cultivées.

Aux Etats-Unis, une étude publiée en 2011 par l’US Geological Survey a montré    que dans certaines régions, le glyphosate était présent à des niveaux mesurables dans les trois quarts des échantillons d’air et d’eau de pluie analysés.

Risques accrus de lymphome

En France, en dépit de l’absence de cultures transgéniques ad hoc, c’est le pesticide de synthèse le plus utilisé. Il s’en est épandu plus de 8 000 tonnes en 2011, loin devant les quelque 2 700 tonnes de la deuxième substance la plus populaire – le mancozèbe (un fongicide). Selon le rapport rendu en 2010 par l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), « le glyphosate est [en France] le principal responsable du déclassement de la qualité des eaux ». La substance ne résiste cependant pas au chlore et est largement absente de l’eau potabilisée.

Ce n’est d’ailleurs pas sur la population générale que les études examinées par le CIRC décèlent un risque accru de cancer, mais sur les jardiniers et les agriculteurs. Selon l’agence, « des études cas-témoins d’exposition professionnelle [au glyphosate] conduites en Suède, aux Etats-Unis et au Canada ont montré des risques accrus de lymphome non hodgkinien [un cancer du sang] ». Quant aux expériences sur les animaux, certaines ont montré que le désherbant phare de Monsanto induisait des dommages chromosomiques, un risque augmenté de cancer de la peau, de cancer du tubule rénal, d’adénomes de cellules pancréatiques. Au total, cependant, le CIRC estime que l’ensemble de la littérature scientifique examinée ne permet pas de conclure avec une totale certitude à la cancérogénicité du glyphosate. 
Dans un communiqué publié lundi 23 mars, Monsanto a protesté, en termes crus, contre l’avis rendu par le CIRC. La société basée à Creve Coeur (Missouri) fustige la « science poubelle » (junk science, dans le texte) de l’agence intergouvernementale, dont elle rejette en bloc les conclusions. Dans une lettre datée du 20 mars et dont l’agence Bloomberg a obtenu copie, Monsanto intime même à Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS, de faire « rectifier » l’opinion du CIRC.

Celle-ci a pourtant été établie selon un processus immuable depuis quarante ans. Une vingtaine de scientifiques de plusieurs disciplines (toxicologie, épidémiologie…) sont réunis par l’agence, sélectionnés sur leurs compétences et l’absence stricte de conflits d’intérêts avec l’industrie. Un projet d’avis, fondé sur l’ensemble de la littérature scientifique publiée sur le sujet examiné, est discuté par les chercheurs, plusieurs jours durant, en présence d’observateurs de l’industrie, de représentants d’agences de sécurité sanitaire, etc. Lorsque les membres du groupe d’experts parviennent à un consensus, l’avis est adopté. Les opinions du CIRC bénéficient du plus haut niveau de reconnaissance dans la communauté scientifique, mais sont souvent attaquées par les secteurs industriels contrariés.

« Identification des risques »

Purement informatifs, ces avis n’ont pas valeur réglementaire : ils ne peuvent conduire en eux-mêmes à l’interdiction ou à la régulation d’une substance. « Nous ne faisons pas de l’évaluation des risques mais de l’identification des risques, rappelle-t-on au CIRC. Notre avis ne dit pas si la population générale court un risque du fait de telle ou telle substance, cela c’est le travail des agences de sécurité sanitaire. »

Le glyphosate est précisément en cours de réévaluation au niveau européen. Interrogée, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) précise que c’est son homologue allemand, le Bundesinstitut für Risikobewertung (BfR), qui a été chargé de le réévaluer au nom de l’Europe – la procédure européenne veut en effet qu’un Etat-rapporteur soit désigné pour conduire l’évaluation des risques des pesticides. Les résultats de cette expertise, qui doit repasser sous les fourches Caudines de l’EFSA avant d’être formellement adoptée, sont attendus dans les prochaines semaines.

Les experts allemands et européens ne pourront pas ignorer l’avis des experts du CIRC, pas plus que d’autres travaux récents sur des risques autres que le cancer. Mais l’interdiction du glyphosate, réclamée par plusieurs ONG, n’est pas pour demain. Un vieux routier de l’évaluation des risques en veut pour présage la composition « particulièrement intéressante » du groupe d’experts « Pesticides » de l’agence allemande : le tiers des membres du comité sont directement salariés… par des géants de l’agrochimie ou des biotechnologies !
(Stéphane Foucart, Journaliste au Monde -  Le désherbant Roundup classé cancérogène, 2015)

"Découpe" chimique dans je ne sais plus quel jardin

If situé en un point bas du jardin et subissant une intoxication par accumulation d'herbicides

Je ne sais pas si ces produits sont dangereux pour la santé ou pour l'environnement ! Je pense fortement que oui .... mais sans aucun fondement scientifique ... juste une méfiance justifiée depuis le fameux jour, il y a 35 ans, où j'ai vu crever un ver de terre en quelques secondes au contact d'un produit (autre que le glyphosate) que je répandais à mains nues ... Vous avez déjà vu mourir un ver de terre ? Ça ne meurt pas ces trucs là ... Vous les coupez en quatre, vous les accrochez à un hameçon, vous les plongez dans l'eau pendant deux heures ... il vivent toujours ... Ce jour là, il aura fallu moins de dix secondes ... et il m'aura fallu moins de dix secondes également pour regarder mes mains nues, ma cigarette et comprendre que j'avalais ce produit dégueulasse ... Il faudra attendre pas mal d'années pour que je balance tous ces produits à la poubelle ... J'ai donc continué, tel un imbécile discipliné à répandre ce produit mais avec des gants ... Mon chef passe, voit mes gants et me dit " Vous portez des gants ? Etes-vous jardinier ou enfant de Marie ? ... Je me demande si les gants n'ont pas fait leur apparition dans les jardins à cette époque ...  Mettre des gants est apparu comme une évolution positive alors qu'on s'enfonçait dans la bêtise ... Il est apparu toutes sortes de produits et d'outils "modernes"... souffleuse, découpeuse, débroussailleuse, arrosage automatique, volige... période que j'appelle le tout chimique et le tout mécanique ... moins on en sait sur le jardin et plus l'arsenal augmente ... 

Le jardinier flatté qu'on s'intéresse enfin à lui reçoit régulièrement le Commercial sapé de son costard bon marché ... Le concours de celui qui aura la plus grosse tondeuse est lancé ... Le parfum des roses et le chant des oiseaux laisse la place au parfum du dimethoxyphosphorylsulfanyl et au chant puissant du moteur de souffleuse ... Le jardinier jette son tablier pour des tenues et masques Nucléaire, Biologique Chimique et des casques anti-bruit ... Le jardinier s'isole, il ne travaille plus en équipe mais seul dans un bruit infernal, respirant vapeur d'essence et produit chimique ... Gilles Clément dit à cette époque que le jardinier fait la guerre au jardin ... et à lui-même serai-je tenté d'ajouter ... Je vous passe les retours - œsophage brûlé, décoloration des cheveux, cancer ... Bizarrement on ne balance pas tout à la poubelle, on forme les jardiniers à l'utilisation de ces horreurs ... Nous devenons les champions du traitement à goutte pendante ... On ne s'est jamais autant éloigné du jardin qu'à cette époque ... Je me souviens, vers les années 2000 (donc tardif), d'un directeur d'espaces verts se vanter d'appliquer une politique "zéro-herbe" sur l'ensemble de sa commune ... c'est à dire une herbe pousse, l'entreprise revient traiter ... inutile de vous dire que les entreprises ne revenaient pas et pour cela mettaient la dose ... on s’étonne que les arbres crèvent ...

La loi Labbé du 23 janvier 2014 (Objectif zérophyto dans les jardins et espaces verts)
est une loi salvatrice, une loi de sage ... et pourtant bien mal accueillie, elle est vécue comme une contrainte, une interdiction de plus ... Alors, j'en entends de toutes les couleurs "Comment entretenir son jardin avec les nouvelles réglementations ?" "Un jardin qui accueille du public se doit d'être propre", "économie de personnel", "rendre les taches liées au jardin moins fastidieuses" etc. etc. etc. ... Je vous le dis tout net !!! ARRÊTEZ VOS CONNERIES, TOUT EST IRRECEVABLE !!! Il n'y aurait que moi, j'interdirais les souffleuses, les voliges et toutes ces horreurs qui polluent les jardins ... pollutions chimique, sonore, visuelle ... j'interdirais tout ce qui chasse le geste de l'homme, les pratiques, la poésie... 

Surtout que toute cette panoplie de produit ne sert absolument à rien ... Comment peut-on pensez une seconde, dans un pays instruit comme la France, que l'on peut gérer une allée en répandant simplement de l'eau dessus avec un produit qui tue l'herbe ? Ce serait trop facile ...
La propreté dans un jardin est l’ennemie de la gestion ... J'aime le mot gestion ... Le jardinier est un gestionnaire de lieu. Je ne vais pas 
passer toutes les tâches en revu ... du pourquoi et du comment ... Une allée, par exemple, s'entretient mécaniquement avec râteau binette et tous ces outils qui provoquent mal au dos. Mais ces actions modèlent, conservent, drainent, assainissent les allées ... ainsi la "propreté" devient un résultat et non un objectif ... 

Alors, pour ceux qui doutent, qui sont perdus sans leurs pesticides, leur souffleuse ... Replongez-vous dans la littérature hortésienne et posez vous cette question qui me hante sans cesse ...

Qu'est-ce qu'un jardin ? ...




dimanche 12 avril 2015

Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires ...

Imitant Courteline, un sceptique notoire,
Manifestant ainsi que l'on me désabuse,
J'ai des velléités d'arpenter les trottoirs
Avec cette devise écrite à mon gibus :
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Dieu, diable, paradis, enfer et purgatoire,
Les bons récompensés et les méchants punis,
Et le corps du Seigneur dans le fond du ciboire,
Et l'huile consacrée comme le pain bénit,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Et la bonne aventure et l'art divinatoire,
Les cartes, les tarots, les lignes de la main,
La clé des songes, le pendule oscillatoire,
Les astres indiquant ce que sera demain,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Les preuves à l'appui, les preuves péremptoires,
Témoins dignes de foi, metteurs de mains au feu,
Et le respect de l'homme à l'interrogatoire,
Et les vérités vraies, les spontanés aveux,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Le bagne, l'échafaud entre autres exutoires,
Et l'efficacité de la peine de mort,
Le criminel saisi d'un zèle expiatoire,
Qui bat sa coulpe bourrelé par le remords,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Sur les tombeaux les oraisons déclamatoires,
Les "C'était un bon fils, bon père, bon mari",
"Le meilleur d'entre nous et le plus méritoire",
"Un saint homme, un coeur d'or, un bel et noble esprit",
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Les "saint-Jean Bouche d'or", les charmeurs d'auditoire,
Les placements de sentiments de tout repos,
Et les billevesées de tous les répertoires,
Et les morts pour que naisse un avenir plus beau,
"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires."
Mais j'envie les pauvres d'esprit pouvant y croire.
(Georges Brassens, Le Sceptique,  Non enregistré par GB)

Hôtel de Monaco (Matignon) - J.E.D - Janvier 1890

Hôtel de Matignon vers 1904 -1906 _  Portique XVIIIe siècle dans les jardins de l'Ambassade d'Autriche-Hongrie à Paris - M Duchêne, Architecte Paysagiste - Restauré par les établissements Ticotel
Notez les vases ...
Achille Duchêne, ambassade d'Autriche-Hongrie, le portique de treillage, négatif sur verre, 1907?
(Jean-Christophe Molinier - Jardin de ville privés 1890 1930 - 1991)
Cette photographie me semble (avec un doute raisonnable) plus tardive que celle de Tricotel (haie,  topiaires, lierre, vases cassées)
Je suis comme Brassens ... Sceptique, comme lui,"Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires." ... de jardins que l'on nous raconte depuis bien trop longtemps maintenant ... 

"Les roses de Joséphine, les Cèdres de Buffon et celui de Marengo...Les jardins de Le Nôtre, les jardins disparus de Blaikie, les parterres et les treillages d'Achille Duchêne" ... et j'en passe... 

Si, un jour, vous allez à Matignon comme Premier ministre ou comme simple visiteur, on vous racontera que ce magnifique portique en treillage (appelé bizarrement Gloriette) a été, comme le Salon de Madame de Champs-sur-Marne, dessiné par Achille Duchêne ... Je pourrais enfin faire taire cette ânerie et rétablir La vérité historique ... Mais, vous ralliant à ma cause, je vous entends déjà dire avec raison..."Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires." ... Alors, je ne vous dirai rien et surtout pas qu'en 1890, le petit Achille jouait encore au cerceau et n'avait encore rien signé ... 

Bien évidemment, on peut se poser  la question ... Pourquoi est-ce important d'attribuer ??? pas de nom pas de valeur ?? je comprends pour un tableau (et encore) mais pour un jardin ? Tentez l'expérience "Vous faites une affaire, ce jardin est de Jean-Marie Morel, dans 5 ans, il vaudra le double"  Bide assuré  ...

Pourquoi est-ce important de mal attribuer un jardin ??? "Probablement de Le Nôtre" ... dira trucmuche ..." et probablement de Duchêne"  enchaînera schtroumpfbidule
Achille Duchêne ? Le pauvre !!! il est le champion malheureux de la catégorie ... on lui attribue tout ... Même des photographies aériennes de 1908  ... Fortiche!
Un jour, exprimant un doute sur une attribution, on osa me répondre un imparable "Rien  dans les archives nous affirme que ce n'est pas de Duchêne" ... 

Bon, on ne va pas s'éterniser la-dessus  ... les pauvres d'esprit peuvent croire ce qu'ils veulent et même attribuer les jardins du Tadjikistan à André Le Nôtre, entre nous, je m'en fiche un peu ...  Seul le devenir des jardins est important...

Le Salon de Madame,  Champs-sur-Marne - Photographie Jean Gourbeix :  Parc, côté est : Bosquet des Dames avec quatre bustes féminins sur piédestal

lundi 6 avril 2015

La lettre de Georges Pompidou ...

Mon cher Premier Ministre,

J'ai eu, par le plus grand des hasards, communication d'une circulaire du Ministre de l'Equipement -Direction des routes et de la circulation routière- dont je vous fais parvenir photocopie. Cette circulaire, présentée comme un projet, a en fait déjà été communiquée à de nombreux fonctionnaires chargés de son application, puisque c'est par l'un d'eux que j'en ai appris l'existence.

Elle appelle de ma part deux réflexions : La première, c'est qu'alors que le Conseil des Ministres est parfois saisi de questions mineures telles que l'augmentation d'une indemnité versée à quelques fonctionnaires, des décisions importantes sont prises par les services centraux d'un ministère en dehors de tout contrôle gouvernemental ; la seconde, c'est que, bien que j'ai plusieurs fois exprimé en Conseil des Ministres ma volonté de sauvegarder "partout" les arbres, cette circulaire témoigne de la plus profonde indifférence à l'égard des souhaits du Président de la République.

Il en ressort, en effet, que l'abattage des arbres le long des routes deviendra systématique sous prétexte de sécurité. Il est à noter par contre que l'on n'envisage qu'avec beaucoup de prudence et à titre de simple étude, le déplacement des poteaux électriques ou télégraphiques.

C'est que là, il y a des administrations pour se défendre. Les arbres, eux, n'ont, semble-t-il, d'autres défenseurs que moi-même et il apparaît que cela ne compte pas. La France n'est pas faite uniquement pour permettre aux Français de circuler en voiture, et, quelle que soit l'importance des problèmes de sécurité routière, cela ne doit pas aboutir à défigurer son paysage.

D'ailleurs, une diminution durable des accidents de la circulation ne pourra résulter que de l'éducation des conducteurs, de l'instauration des règles simples et adaptées à la configuration de la route, alors que complication est recherchée comme à plaisir dans la signalisation sous toutes ses formes. Elle résultera également des règles moins lâches en matière d'alcoolémie, et je regrette à cet égard que le gouvernement se soit écarté de la position initialement retenue.

La sauvegarde des arbres plantés au bord des routes - et je pense en particulier aux magnifiques routes du Midi bordées de platanes - est essentielle pour la beauté de notre pays, pour la protection de la nature, pour la sauvegarde d'un milieu humain.

Je vous demande donc de faire rapporter la circulaire des Ponts et Chaussées et de donner des instructions précises au Ministre de l'Equipement pour que, sous divers prétextes (vieillissement des arbres, demandes de municipalités circonvenues et fermées à tout souci d'esthétique, problèmes financiers que posent l'entretien des arbres et l'abattage des branches mortes), on ne poursuive pas dans la pratique ce qui n'aurait été abandonné que dans le principe et pour me donner satisfaction d'apparence.

La vie moderne dans son cadre de béton, de bitume et de néon créera de plus en plus chez tous un besoin d'évasion, de nature et de beauté. L'autoroute sera utilisée pour les transports qui n'ont d'autre objet que la rapidité. La route, elle, doit redevenir pour l'automobiliste de la fin du vingtième siècle ce qu'était le chemin pour le piéton ou le cavalier : un itinéraire que l'on emprunte sans se hâter, en en profitant pour voir la France. Que l'on se garde donc de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté !
Georges Pompidou
 (Georges Pompidou, Lettre à Jacques Chaban Delmas, 1970)


Chavaniac-Lafayette : Reste d'un alignement routier lui-même trace d'un ancien alignement du domaine de Lafayette 
Tout est dit ... La France n'est pas faite uniquement pour permettre aux Français de circuler en voiture, et, quelle que soit l'importance des problèmes de sécurité routière, cela ne doit pas aboutir à défigurer son paysage.  et  pourtant, on reparle  de la suppression des arbres de bord de routes dans les mesures de sécurité routière ... Que faire ? Vous pouvez toujours dire non  ici ... 

mardi 10 mars 2015

Ce type n'a jamais mis les pieds dans un jardin ...

L'âme d'un jardin est son espace vide. La plus grande beauté est inséparable du plus grand dépouillement.
(François-Henri d'Harcourt,  Traité de la décoration des dehors, des jardins et des parcs, 1774)


Champs-Sur-Marne le 8 mars 2015
Méréville le 6 mars 2015
Champs-Sur-Marne le 8 mars 2015
Méréville le 6 mars 2015
 
Un jour, lors d'une journée consacrée aux plantes, j'ose dire qu'un jardin historique c'est du vide, du plein, des structures, des permanences ... un type dans le public dit à son voisin " Ce type n'a jamais mis les pieds dans un jardin" ...




lundi 2 mars 2015

Le dernier refuge du rêve ...

Nos contemporains, tels des enfants blasés, se fatiguent vite de l'immense joujou mécanique dont la science les a dotés. En dépit de multiples commodités et agréments, ils cherchent à s'évader d'une vie de plus en plus fiévreuse, angoissante. De là le goût des sports de plein air - golf, tennis, ski - le goût du jardin, dernier refuge du rêve, cadre idéal de repos, de sérénité et de joie. Plus peut être que dans la maison il est loisible d'y réer l'irréel pour l'oubli de tous nos cauchemars modernes : les débouchés, la baisse, la crise et le reste. Évidement, à notre époque de grande pénitence, nous ne pouvons chercher ni l'étendue ni le luxe. le jardin tel que nous le comprenons maintenant est une subtile oeuvre d'art réalisable par des moyens tellement simples que nos "super modernes" dépassent la mesure, nous encouragent même à vivre dans des cubes standards posés sur l'herbe. Rien sur les murs, rien à l'intérieur des murs, rien hors les murs. Heureusement, nous n'en sommes pas encore là, mais on ne peut nier une certaine tendance. Alors que les citadins exténués de travail ont soif de campagne, les cultivateurs abandonnent la terre pour émigrer vers les administrations et les usines. Ce double courant explique toute l'évolution du jardin moderne. Il y a de plus en plus de propriétés d'agrément et de moins en moins de jardiniers. On admet encore de faire un sacrifice d'argent pour avoir d'un seul coup et rapidement un cadre agréable, mais on recule de plus en plus devant les difficultés d'entretien. On cherche donc à avoir des jardins sans "entretien". C'est pourquoi l'architecture joue un très grand rôle, un peu hélas! au détriment des fleurs, ces adorables fleurs aimées qui vous rendent esclave d'un personnel devenu difficile et introuvable. Or, aujourd'hui après les soucis d'affaires, on vient à la campagne pour, avant tout, "avoir la paix". Les temps ne sont plus où le seigneur à haute canne se promenait au milieu de toute une armée de jardiniers bêchant, sarclant, plantant une multitude de buis, d'arbres taillés ou de fleurs pour composer en commun de somptueux tapis. on ne cherche  plus comme au grand siècle à prolonger à l'infini l'ampleur de son domaine. Évolution sociales, lourds impôts vous obligent au contraire. On se resserre. On a le goût de l'effacement. Volontiers on mettrait son bonheur entre  dehautes murailles, loin de tous les regards indiscrets, ou bien, tels les simples, on vivrait inconnu en bordure d'une prairie avec deux pots de géraniums à sa fenêtre. Nous oscillons provisoirement entre le besoin de nous restreindre et le désir fou de jouir au maximum d'une vie beaucoup trop courte. Si les jardins de l'ancien régime ont été sacrés " jardins de l'intelligence" ceux d'aujourd'hui pourraient être baptisés les "jardins du sentiment ou de l'amour" Dans ce domaine, comme il convient, les femmes sont reines. Comme rien n'est fait de rien, ces jardins s'apparentent avec ceux créés par les civilisations sensuelles qui successivement brillèrent autour de la Méditerranée, en Perse, à Rome, au Maroc, en Espagne. Ils sont raffinés avec un mélange constant d'architecture, de végétation et d'eau. Suivant l'endroit on utilise des matériaux plus ou moins riches. Les allées sont en marbre, en faïence, en galets, en gazon, mais l'esprit est toujours le même.

(Albert laprade, Idées générales sur le jardin moderne, L'Illustration, 28 mai 1932)

Projets Laprade et Bazin - Architectes
Albert Laprade - Jardins  de Monsieur de Fels à la Muette et de Madame de Ligne, rue de Grenelle 
Deux exemples de jardins conçus pour éviter tout entretien
 " Ces deux parterres sont presque entièrement en gravier rouge pour obvier à l'absence de fleurs, les réceptions, à Paris ayant lieu surtout en hiver"
Jean Claude Nicolas Forestier - Jardin d'inspiration mauresque, 
propriété de M. Joseph Guy à Béziers 
 Photographie Roger Schall - Jardin de Monsieur Jacques Rouché - 
Paul Vera et Charles Moreux
On ne peut pas dire qu'il soit en pleine forme notre ami Albert Laprade ... J'aime bien les pessimistes ... j'aime les jardins de cette période ... Avec toutefois un petit bémol pour les jardins "tarte-à-la-crème-rond-point-avant-l'heure" de Laprade et Bazin ... 

vendredi 27 février 2015

Un jardin, combien de vies ? ...

Aménager des bureaux dans un silo (Carta à Marseille), une fac dans des grands moulins (Ricciotti à Paris), un musée dans une centrale électrique (Herzog et de Meuron à Londres). Créer un centre d'art dans une biscuiterie (Bouchain à Nantes), un espace-commercial dans une usine automobile (Piano à Turin), un centre chorégraphique dans d'anciens bureaux (Robain et Guieysse à Pantin)... Depuis 2000, après des décennies de « rénovation-bulldozer», architectes, élus et aménageurs penchent heureusement de plus en plus pour la transformation et la réaffectation du bâti industriel, même assez banal, pour peu qu'il tienne debout. Avec une centaine d'exemples de réhabilitations heureuses menées en France, en Europe, et sous d'autres latitudes, cette exposition démontre, photos et maquettes à l'appui, toute la pertinence de ce type de démarche. Garder la trace de l'usine ou de l'entrepôt du coin de la rue, c'est d'abord ne pas renier leur histoire, ni oublier ceux qui y ont travaillé. Rénover plutôt que démolir, c'est aussi éviter un gâchis de matériaux et des centaines de camions de gravats. Surtout, travailler ainsi sur l'existant oblige les architectes à dépasser leur ego pour se glisser dans ces vieux murs à la recherche du génie des lieux. Une excellente école d'imagination et d'humilité.

 ((Luc Le Chatelier,  2015, Télérama n° 3398)

Fontainebleau ... 500 ans de permanence


Ancy-le-Franc ... 500 ans d'humilité


Champs-sur-Marne - 300 ans  d'imagination
On vous le répète constament ... Toutes les problématiques se retrouvent dans les jardins ... Celle-ci - La transformation comme acte de création- ... Grosso modo, les jardiniers la prêchent depuis 500ans ...



Un bâtiment, combien de vies ?
La transformation comme acte de création
Cité de l'architecture et du patrimoine
17 décembre 2014 -  28 septembre 2015